« 7 août 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 199-200], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10209, page consultée le 24 janvier 2026.
7 août [1839], mercredi matin, 9 h.
C’est absurde, c’est inepte ce qui m’arrive toutes les nuits depuis quelque temps, aussi à commencer de ce soir je vais prendre du café à l’eau. Je n’ai pas envie de perdre la seule occasion de te voir par des espèces de léthargies aussi fatigantesa que douloureuses. Mais en attendant, ce qui est perdu est perdu et je le regretterai éternellement. Bonjour mon cher petit adoré, bonjour mon petit bien-aimé. Comment vas-tu mon petit homme ? Comment vont tes yeux ? Je n’ai même pas eu le temps de te le demander hier, ni celui de te dire que je t’aimais plus que jamais et que tu étais mon adoré. Je viens d’envoyer Suzanne savoir si Joséphine peut venir ce matin me donner un dernier coup de main pour ma seconde armoire. Je profite de ce qu’elle n’a pas d’ouvrage pour cela. Autrefois c’était la mère Lanvin qui me rendait ce bon office, à présent c’est elle ; il faut bien que ça se fasse. J’ai descendu le fameux manteau béarnais. Je voulais te le montrer et te demander avis pour l’arranger ou le faire arranger par la couturière s’il était possible. Il est en étamine très fine et vraiment imperméable à la pluie, comme tu sais, enfin il nous rendrait de très grands services s’il pouvait nous servir. Baisez-moi et venez un peu avant minuit mon adoré, car c’est l’heure fatale pour mon cerveau lourd et stupide. Mais je vais y mettre bon ordre, soyez tranquille. Je t’aime.
Juliette
a « fatiguantes ».
« 7 août 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 201-202], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10209, page consultée le 24 janvier 2026.
7 août [1839], mercredi soir, 9 h. ¾
Chère âme de mon âme, je vous aime, je vous attends, je vous désire. Nous n’avons eu fini qu’à la nuit close, et auparavant de dîner j’ai voulu me débarbouiller un peu, car j’étais horrible à voir et à sentir. Enfin Joséphine vient de s’en aller, et je t’écris aussitôt. J’ai la petite Besancenot auprès de moi, qui regarde les délicieuses figures de mon buvard et qui prétend que tu n’es pas aussi laid que ça[Dessina] et moi je dis que si.
8 août [1839], jeudi matin, 10 h. ½ à ma pendule
Je me couche comme je me lève et je me lève comme je [me]
couche : en vous aimant de toute mon âme. Seulement, le soir, j’ai l’espoir que vous
viendrez dans la nuit, et que le matin j’ai un pied de nez ainsi que vous le pouvez
voir[Dessinb]. Voilà la seule différence entre
le SOLEIL LEVANT et le SOLEIL COUCHANT. Jour mon
petit homme. Je n’ose pas dire mon petit SATELLITEc, quoique vous tourniez toujours autour DE CHEZ moi sans
entrer. Comme je ne suis pas assez forte en astronomie, je ne sais pas si ce PHENOMENE
suffit pour justifier ma comparaison.
Baisez-moi, ça vaut mieux que tous les
soleils, que toutes les lunes et que toutes les ourses grandes ou petites. Je vous
aime, entendez-vous bien, et j’ai le plus grand désir de vous voir.
Juliette
a Dessin :

b Dessin :

c « satelite ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
