12 juillet 1839

« 12 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 101-102], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9403, page consultée le 03 mai 2026.

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Bonjour mon petit homme, bonjour mon Toto, comment vont tes yeux ce matin ? Une nouvelle, j’ai encore manqué de mettre le feu hier en éteignanta la bougie avec une brochure, mais je ne suis pas comme la mère Pierceau et au lieu de crier je me suis levée tranquillement, j’ai pris ma pantoufleb et j’ai éteint l’incendie sans sourciller. Au reste on dit que le feu c’est JOIE, je regrette de ne l’avoir pas souffléc au lieu de l’éteindre parce que nous aurions eu peut-être deux mois de voyage au lieu d’un, ce qui m’aurait fort arrangée. Jour Toto. Baisez-moi, aimez-moi et ménagez vos pauvres yeux adorés. Je vous offre toujours de vous boucler1. Vous êtes bien féroce de ne pas y consentir. J’aime mon Toto. Il est probable que les peintres auront fini la salle à manger aujourd’hui. Ainsi, avec un peu de patience nous serons débarrassés d’ici à peu de jours mais c’est égal, l’assaut a été long et rude et je ne le recommencerais pas pour je ne sais combien. Il fait joliment beau encore aujourd’hui. Cependant je ne vous demanderai pas de me faire sortir puisque vous travaillezd et que d’ailleurs je n’ai pas même le plaisir d’être avec vous. J’aime autant être chez moi que chez la mère Pierceau. Baisez-moi mon petit homme, pensez à moi et aimez-moi.

Juliette


Notes

1 La veille, Juliette a offert à Hugo de vendre une boucle de ses cheveux.

Notes manuscriptologiques

a « etteignant ».

b « pantouffle ».

c « souflé ».

d « travailler ».


« 12 juillet 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 103-104], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9403, page consultée le 03 mai 2026.

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Croirais-tu, mon cher petit bien-aimé, que de guenilles en tessons, que d’arrangements en déménagement, tout mon temps s’est passé jusqu’à présent, sans m’être débarbouillée et sans avoir dîné ? C’est cependant la vérité. Il est vrai aussi que ma pendule avance énormément mais enfin ça n’empêche pas qu’il ne soit très tard. À propos, vos œillades ASSASSINES à la femme au BRONZE ont produit leur effet : on n’a pas voulu de mon argent sous aucun prétexte et même on m’invite à envoyer tout ce que j’aurai à faire au même PRIX. Décidément c’est charmant et vous êtes un homme précieux. Voime, voime, mais ça me coûte trop cher et je ne veux plus de ces marchés-là.
Voici les petites Besancenot qui font invasion chez moi. Oh là ! là ! Me voilà baisée et rebaisée sur toutes les coutures. Malheureusement le moindre petit grain de baiser de votre joli petit bec ferait bien mon affaire, mais en fait de ça vous n’êtes pas le COQ de votre pauvre poule car vous ne la coquez pas trop souvent. Soirpa. Soir To. Je vous attends cette nuit si vous avez du cœur autant que j’ai d’amour.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.