30 octobre 1852

« 30 octobre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 111-112], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8794, page consultée le 04 mai 2026.

XML

Bonjour, mon courageux petit homme, bonjour, mon ineffable adoré, bonjour. J’espère que tu n’auras pas eu de pluie hier au soir pour revenir de ta réunion. C’est déjà beaucoup trop que tu aies dû patauger dans les routes délayées et défoncées. Comment va ta douleur de cœur ? Si elle persistait et que tu crois devoir user du remède d’Yvan1 je me résignerais à l’essayera sur moi auparavant. Mais sans cela je m’en priverai car je n’y ai aucune confiance. Il faut, pour que ces remèdes aient quelque bonne signification, qu’ils soient administrés par des gens habiles et montre en main. Et encore, je doute que cela puisse avoir d’autre résultat que de vous enrhumer et de vous donner une fluxion de poitrine. Telle est ma conviction et tu sais que la confiance entre pour les trois quarts dans l’efficacité des remèdes administrés. Ceci dit, je suis à ta disposition car autant je suis sceptique en médecine quand il s’agit de moi, autant je suis superstitieuse pour tout ce qui pourrait te soulager. Ainsi ne te gêne pas pour me faire essayer de cette machine ammoniaquéeb si tu crois que cela peut te servir. J’ai reçu tout à l’heure une lettre de [Falempin ?] toute pleine de réserve, de réticences et de sous-entendus mais d’où il ressort cependant un bon petit désir de flanquer des coups de pied au....c nez du sieur Bonaparte et l’espoir d’y arriver bientôt. Il paraît du reste qu’il m’aurait écrit il [y] a longtemps et que la lettre ne m’est pas parvenue. C’est du moins ce qu’il dit pour excuser un silence assez voisin de l’impertinence. Maintenant, mon cher petit homme, je vous aime avec et sans hydrothérapie et je vous prie d’en user en tous lieux et en tous temps.

Juliette


Notes

1 Médecin Yvan Melchior

Notes manuscriptologiques

a « esseyer »

b « amoniaquée ».

c 4 points de suspension.


« 30 octobre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 113-114], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8794, page consultée le 04 mai 2026.

XML

Il me semble que je vois le citoyen Ponto se promener sur la grève en compagnie de trois dames, SES LÉGITIMES probablement. Je ne serai pas fâchée à mon tour d’entrevoir le bout de votre museau, ne fût-cea que le temps de m’assurer où en sont vos douleurs de cœur. Du reste je ne sais pas à quoi passe ma journée, mais je ne viens à bout de rien. Je n’ai pas encore fini l’histoire Barthélémy et Cournet1. Et pourtant je ne sors pas et je ne reçois personne et je ne m’amuse pas. Devineb si tu peux et choisis, si tu l’oses, l’énigme qui prend tout mon temps sans que je m’en aperçoive autrement qu’à mon impatience de te voir. Je commence même à trouver que tu te fais bien longtemps attendre, mon cher petit occupé, mais au fond je ne m’en étonne pas car je sais que tu travailles et qu’on se dispute autour de toi toutes les minutes dont tu peux disposer. Je me résigne donc tant bien que mal à n’arriver qu’après tout et tout le monde, espérant que ton cœur me tiendra compte de ma patience et de mon courage en m’aimant un peu plus qu’un PEU. En attendant, j’espère que tu trouveras moyen de t’échapper pour venir travailler auprès de moi. Aussi, je viens d’allumer un bon feu à cette intention et je vais me dépêcher d’en finir avec cette triste histoire de duel pour n’avoir plus qu’à vivre auprès de toi sans autre préoccupation que de t’aimer et d’être heureuse.

Juliette


Notes

1 Hugo lui a raconté l’histoire du duel fatal entre Barthélémy et Cournet, que lui a vraisemblablement raconté Boichot. Le manuscrit conservé à la Maison Victor Hugo de Paris publié avec le titre « Souvenir d’une conversation de M.V.H. le 14 décembre 1854 » évoque le duel entre Barthélémy et Cournet. (cf. Juliette Drouet, Souvenirs 1843-1854, texte établi, présenté et annoté par Gérard Pouchain, Éd. des femmes / Antoinette Fouque, p. 317-318). Juliette aurait-elle rédigé une autre note manuscrite sur Cournet et Barthélémy, antérieure au texte repéré dans les collections du musée Victor Hugo ? Le nom de Cournet réapparait dans Les Misérables.

Notes manuscriptologiques

a « fusse ».

b « devines ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.

  • 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
  • 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
    Charles, puis François Victor, rejoignent leur père.
  • 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
  • 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
  • 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
  • 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
  • 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
  • 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
  • 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.