« 30 janvier 1850 » [source : Harvard, HL MS 100.4 [1re feuille] / Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/22 [2e feuille]], transcr. Marva Barnett, Gérard Pouchain et Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12567, page consultée le 01 mai 2026.
30 janvier [1850], mercredi matin, 11 h.
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon cher amour. Je suis toujours bien malingre, mon petit homme, et la nuit n’a pas été très bonne. Je suis encore sous le charme de la migraine, c’est-à-dire que je n’ai de courage et de cœur à rien qu’à t’aimer. Mme de Montferrier vient de m’envoyer un petit mot très pressant pour que j’y aille ce soir morte ou vive, mais je crois que je n’irai d’aucune manière car je suis ennuyée et ennuyeusea, ce qui est pire. Et puis je n’ose pas faire un seul mouvement de tête tant ma pauvre carcasse est endolorie. Il me semble qu’elle a été piléeb dans un mortier, et puis j’ai un peu de fièvre, ce qui me fait préférer le lit à toutec autre chose. Cependant, je tâcherai de t’accompagner jusqu’à la Chambre tantôt. Il faudra que mes jambes et ma tête me refusent tout à fait le service pour y renoncer. En attendant, je suis une pauvre Juju bien blaireuse.
2e feuille, 30 janvier [1850], mercredi matin,11 h.
Je vais faire tous mes efforts dès à présent pour être prête quand tu viendras. Aussi je prends une voiture À MES FRAIS. Je t’accompagnerai. D’ailleurs il est probable que je serai encore plus malade si je ne vais pas avec toi puisque je ne pourrai pas te revoir ce soir. Quant à Mme de Montferrier, elle a beau être très aimable et me promettre beaucoup de perdreaux et de bécassines, je ne me sens aucun pendant pour y aller ce soir, AU CONTRAIRE. La seule pensée de cette soirée me redonne d’avance le mal de tête. Ainsi je n’irai pas. Dès que je t’aurai quitté je reviendrai me coucher et penser à toi. Cher petit homme, vous ne savez pas combien je vous aime et combien c’est vrai que vous êtes toute ma joie. Loin de vous tout m’est indifférent et insupportable. Baisez-moi et laissez-moi faire à ma fantaisie.
Juliette
a « ennuiée et ennuieuse ».
b « pillée ».
c « tout ».
« 30 janvier 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/23], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12567, page consultée le 01 mai 2026.
30 janvier [1850], mercredi midi
L’espoir de te voir, mon adoré, me ravigotea et me réjouit, il me semble que je vais mieux depuis un moment. Je vais en profiter pour me rafistoler un peu car je tiens absolument à te conduire. J’espère que cette petite course me fera plus de bien que tous les remèdes connus. En général le bonheur me réussit mieux dans mes maladies que la médecine. Avis au lecteur Toto. Cher petit homme, je devrais me dispenser de t’écrire, ou plutôt te dispenser de me lire, ce qui revient au même car je sens que je suis tombée au dernier degré d’abrutissement. Je n’ai pas une pensée entière, je n’ai pas une seule idée debout. Les choses que je sais le mieux et que je sens le plus, je ne trouve pas les mots pour l’exprimer tant ma pauvre tête est encore malade. Vraiment si ces migraines se renouvelaientb souvent, ma raison n’y résisterait pas longtemps. Je vais essayer d’y faire diversion en faisant ta tisanec, peut-être que cela me réussira. D’ailleurs je veux te conduire à ta boutique absolument. Pour cela il faut que je me lève. Tu devrais tâcher de venir me voir un peu ce soir si tu es chez toi ? Je ne me souviens pas si c’est toi qui dîne en ville aujourd’hui ou si c’est chez toi qu’on vient dîner. Dans ce dernier cas il te serait peut-être possible de t’échapper un peu dans la soirée ? Cependant je ne te le demande pas impérieusement. Je t’en prie bien tendrement mais avec la résignation d’avance de ne pas voir exaucer ma prière à cause de la difficulté de t’absenter un jour où tu reçois. Pense à moi dans tous les cas, mon cher petit homme, et dis-toi qu’en quelque heure du jour et de la nuit et dans quelque circonstance que ce soit je t’aime et je suis prête à donner ma vie pour toi. En attendant je te baise depuis ici jusqu’où tu voudras. Je vais me dépêcher de m’habiller tant bien que mal.
Juliette
a « ravigotte ».
b « renouvellaient ».
c « tisanne ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
