13 mai 1848

« 13 mai 1848 » [source : MVH, 8080], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4859, page consultée le 04 mai 2026.

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Bonjour, mon Toto, bonjour, mon adoré bien-aimé, bonjour, mon bon petit homme, bonjour, je vous aime. Je devrais m’en tenir à ce dernier mot parce qu’après lui le reste ne vaut pas l’honneur d’être dit mais j’en serais quitte beaucoup trop tôt et mon plaisir ne durerait pas assez longtemps. Aussi j’allonge le gribouillage le plus que je peux pour me faire plus longtemps illusion parce qu’alors il me semble que je suis un peu moins loin de toi. Si je pouvais je t’écrirais depuis le moment où je te quitte jusqu’au moment où tu reviens. Si je ne le fais pas c’est pour t’épargner l’ennui de lire tous ces stupides remplissages et par pitié pour tes yeux adorés. Car alors tu pourraisa avec raison t’appliquer le fameux : il obélisque mais il trouve la chose hippodrome1. Comme je ne veux pas que tu la trouvesb si hippodrome que cela je ne veux pas que tu obélisque à ce besoin immodéré que j’ai de me rapprocher de toi par tous les moyens possibles et impossibles. Je ne pousse pas l’exigence à cet excès enragé. Je veux seulement que vous n’aimiez et ne baisiez que moi ou je vous tue.

Juliette


Notes

1 Allusion à élucider.

Notes manuscriptologiques

a « pourrez ».

b « trouve ».


« 13 mai 1848 » [source : MVH, 8081], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4859, page consultée le 04 mai 2026.

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Quel admirable temps, mon bien-aimé, il ne nous manque pour être heureux sous ce beau ciel que deux mois de liberté devant nous et le traitement du vieux Tissot par-dessus le marché. Qu’est-ce qui nous empêche de les prendre en nous y prenant bien. Le bon Dieu n’est peut-être pas si diable qu’il en a l’air et le vieux Tissot ne demande peut-être pas mieux que de faire ce sacrifice à son jeune et intéressant confrère et collègue. Si nous essayons peut-être réussirons-nous plus que nous ne voudrions. Essayons rien que pour savoir comment ils prendront la chose tous les deux. En attendant je bisque, je rage et je me tords dans des coliques sans résultat. C’est une bête de position de laquelle il me tarde d’être sortie car je souffre stérilement ce qui est fort ennuyeux. Il faudrait pour me tirer de là une bonne petite culotte bien faite et bien conditionnée. Tant que je ne l’aurai pas je traînerai donc des souffrances atroces. C’est un parti pris et rien ne pourra m’en faire changer… qu’elle [Dessina]. Ceci ne me regarde plus. Voilà mon ultimatum,voyons votre culotte.

Juliette.


Notes manuscriptologiques

a Juliette Drouet a, à cet endroit de la lettre, dessiné un pantalon, jeu de mots-rébus pour la « culotte » qu’elle réclame.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.

  • FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
  • 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
  • 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
  • 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
  • 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
  • 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
  • 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
  • NovembreElle s’installe cité Rodier.
  • 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.