« 13 octobre 1847 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1847/58], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12493, page consultée le 04 mai 2026.
13 octobre [1847], mercredi matin, 8 h. ¼
Bonjour, mon pauvre doux adoré, bonjour. Comment va ta chère malade ? Si je pouvais
mesurer le mieux aux vœux ardents et à la prière constante qui demandent la guérison
de cette douce et sainte femme, je serais bien tranquille ce matin. Pourtant j’espère
plus que jamais, sans me rendre compte du motif qui me donne ce redoublement de
confiance. J’attends Joséphine avec un
sentiment de douceur et de tranquillité qui me semble d’un bon augure. Cher adoré,
mon
Victor bien-aimé, puissesa-tu être
bientôt délivré de l’affreuse inquiétude dans laquelle tu vis depuis six jours1.
J’espère te voir tantôt et avec un visage
moins triste et moins découragé qu’hier. D’ici là, ma pensée ira bien des fois se
poser sur vous tous pour mieux vous protéger par la prière, par le dévouement et par
le cœur contre tous les maux. Hélas ! en t’écrivant cela, je sens mon illusion qui
s’envole au dernier mot et je me retrouve avec le sentiment de mon impuissance et
de
mon inutilité. Je ne veux pas insister sur l’amertume que me donne cette conviction.
Je ne veux penser qu’à toi et à tout ce qui t’intéresse dans ce moment-ci. J’attends
des nouvelles, je prie et j’espère. Je t’aime, je te plains, je t’adore et je voudrais
donner ma vie pour ton bonheur.
Juliette
1 Comme chaque matin depuis quelques jours, Juliette a fait prendre par sa voisine Joséphine des nouvelles de la santé de Madame Hugo, victime d’une attaque de fièvre typhoïde.
a « puisse ».
« 13 octobre 1847 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1847/59], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12493, page consultée le 04 mai 2026.
13 octobre [1847], mercredi après-midi, 1 h.
Je ne m’étais pas trompée, il y a un peu de mieux ce matin, à ce que m’a dit Joséphine. Ce petit mieux est un grand pas il me semble fait vers la santé puisqu’il se manifeste plus tôt qu’on n’osait l’espérer ? Mon Dieu, quel bonheur, quelles actions de grâcea nous vous rendronsb tous le jour où il n’y aura plus aucun danger. Je pense et j’espère, mon pauvre cher bien-aimé, que tu viendras me voir tantôt avant de sortir avec tes chers enfants ? Si tu ne pouvais pas venir, je serais doublement privée et doublement malheureuse car Joséphine ne pourra pas aller chez toi tantôt à cause de son ouvrage après lequel le marchand attend pour emballer, et s’il me faut attendre jusqu’à ce soir sans te voir et sans savoir de nouvelles je ne sais pas ce que je deviendrai. Et puis, mon doux adoré, il faut sortir, il faut suivre de point en point la prescription si prudente de M. Louis qui a ses raisons pour te l’imposer. Quantc à moi, quel que soit le besoin que j’aie de te voir, je m’efface devant tes chers enfants. Pourvu que je t’entrevoied seulement, que je sache« saches ». comment tu vas et comment va ta pauvre femme, je consens de grand cœur à leur sacrifier ma joie et mon bonheur. Mon Victor, mon adoré, je baise tes pieds et je te donne mon âme.
Juliette
a « grâces ».
b « rendront ».
c « Quand ».
d « t’entrevoye ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
