« 15 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 131-132], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1474, page consultée le 01 mai 2026.
15 septembre [1846], mardi après-midi, 3 h. ¼
Je vais toujours de mieux en mieux, mon adoré et mon régime me réussit on ne peut mieux. Aussi je vais écrire tout à l’heure au Père Triger de ne pas se déranger demain. Il est inutile de lui laisser faire une visite sans objet. J’aime mieux garder les 3 F. qu’elle m’aurait coûtésa pour faire une petite ribotte1 avec vous. Je ne suis pas si bête comme vous voyez, et pour vous le prouver encore mieux, je vous dirai que je n’ai pas été la dupe de votre visite ce matin, laquelle avait été précédée de la triboulette2 qui était venue voir si vous y étiez. Je n’en serai pas davantage, dupe, quand vous viendrez tantôt au moment juste où elle arrivera. Du reste je ne vous fais pas mon compliment de cette conquête trop facile et Louise pourra vous dire ce qu’elle en a pensé avant de savoir que c’était l’épouse légitime du Sieur Triboulet. Cependant, comme il n’est pas juste que je me laisse mystifier à mon nez et à ma… coiffe, je vous ficherai des bons coups.
8 h. ½
Cher, cher adoré, merci et amour à toi. Rien n’est comparable à ce que je sens d’admiration et d’adoration en pensant à toi, mon beau et doux bien-aimé. C’est plus que ces deux choses à la fois, c’est mon âme et ma vie fondues dans une seule pensée : ton amour. Quelle douce promenade, mon adoré, et combien j’aurais voulu la prolonger indéfiniment. Chaque fois que je te quitte, même pour quelques heures, mon cœur se serre comme si je ne devais plus te revoir. Voilà bientôt quatorze ans que c’est ainsi. Je ne suis pas plus blasée sur le bonheur de te voir que sur le chagrin de te quitter. C’est encore comme le premier jour et ce sera toujours ainsi jusqu’à la mort.
Juliette
1 Débauche de table, et notamment le fait de boire avec excès.
2 Jeu de mots sur Triboulet, le bouffon du Roi s’amuse, dont le nom est féminisé dans une allusion à élucider.
a « coûtée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
