9 août 1846

« 9 août 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 19-20], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1539, page consultée le 09 mai 2026.

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Bonjour mon Victor, bonjour mon doux adoré, bonjour. Je suis furieuse et indignée contre moi. Je m’en veux on ne peut pas plus de ma stupide et somnolente réception de cette nuit ! Si on pouvait se battre, je n’y manquerais certainement pas, ne fût-cea que pour me réveiller. En attendant, j’en suis aux regrets les plus vifs et les plus hideux. Je ne sais pas pourquoi je suis si lourde le soir de 11 h.à minuit. Ce moment-là franchi, je passerais le reste de la nuit sans m’en apercevoir. Je le sais de reste, car il m’arrive souvent de ne plus pouvoir me rendormir une fois que tu es parti. Mon cher petit homme, je te demande mille fois pardon de ma lourde et sotte nature. Je voudrais pouvoir en changer, n’importe à quel prix. Je n’espère pas en aucune bonne surprise aujourd’hui. Ce n’est pas tous les jours fête ni [arrivage ?] de rentes. Aussi je me borne à faire des vœux pour que tu viennes travailler auprès de moi le plus tôt possible. Pour que tu ne sois pas dérangé, je m’en vais arranger ma chambre tout de suite. Je vais écrire tout à l’heure à cette bonne Mme Luthereau et je la prierai de dire à son mari de parler de M. Vilain chaque fois que l’occasion s’en présentera. En même temps j’écrierai à Mme Lanvin de venir me parler. Je crains que M. Pradier n’oublie de payer M. Triger. Du reste, je sais par Eugénie que l’appartement d’Auteuil1 a été loué tout de suite, ce qui l’aura allégé d’autant. Mon cher petit bien-aimé, j’entre dans tous ces détails sans m’en apercevoir parce que je ne t’écris pas. Dans ma pensée je te parle, ce qui fait que je te dis toutes sortes de choses insignifiantes mêlées à l’amour le plus tendre et le plus passionné qui ait jamais existé.

Juliette


Notes

1 James Pradier avait loué un logement à Auteuil pour Juliette et Claire malade. C’est dans ce logement qu’elle mourut le 21 juin 1846.

Notes manuscriptologiques

a « fusse ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.