19 juin 1846

« 19 juin 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 169-170], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2204, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour mon Toto, bonjour mon bien-aimé petit Toto, bonjour mon adoré, bonjour, ce que j’ai de bon et de sain dans le cœur et dans l’esprit à toi, mon doux ami. Ma fille est toujours dans le même état mais sans avoir empiré depuis hier. La diarrhée continue cependant avec plus de force qu’auparavant et je ne lui donne pour tout remède et pour toute boisson que de l’eau. Du reste, je te le répète, son état n’a pas empiré. Le médecin ni M. Pradier ne sont venus ce matin. Maintenant je ne les attends plus que demain. Je suis si fatiguée de corps et d’esprit que je me suis laissée aller tout à l’heure à un petit sentiment de sommeil auprès du lit de cette pauvre enfant. Dans le moment où je te gribouille ces quelques lignes, je sens la table comme si elle allait se dérober sous moi. Je suis ivre. Il faut toute ma résolution et toute mon énergie pour combattre et pour triompher de cette espèce de somnambulisme douloureux dans lequel je suis, mais par compensation, si mes forces physiques sont anéanties, les facultés de mon cœur sont centupléesa et je t’aime plus que je ne t’ai jamais aimé. C’est bien vrai, mon Victor adoré, tu n’en doutes pas j’espère. J’attends ce soir avec impatience pour me rafraîchirb l’âme dans ta douce vue. Je te vois pourtant bien peu mais ce peu-là suffit pour me redonner des forces et du courage pour vingt-quatre heures. Je t’aime tant. Tu es si bien le principe de ma vie que lorsque tu me manques, tout me manque. Mon Victor, mon adoré, mon âme, je t’aspire. Je voudrais m’envoler vers toi.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « centuplés ».

b « raffraichir ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.