« 9 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 33-34], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2345, page consultée le 01 mai 2026.
9 mai [1836], lundi matin, 9 h.
Bonjour mon cher bien-aimé. Comment vas-tu, comment va ta pauvre petite jambe ? Je
suis bien malheureuse de ne pas t’avoir vu depuis hier, je me sens bien triste pour
toute la journée à moins que tu ne viennes dans cet intervalle.
J’ai passé une
nuit assez médiocre, et ce matin je ne me sens pas mieux, je crois que plus je me
soigne et moins je vais bien. Aussi je suis toute prête à laisser tout là sans plus
m’en occuper.
Je t’aime, mon Victor, je n’ai de joie que lorsque que je te vois.
Quanda tu t’en vas, ma vie s’en va,
je ne peux rien faire avec goût, je suis triste et découragée, tout me manque à la
fois, il ne me reste que la faculté de te désirer de toutes mes forces et de t’aimer
de toute mon âme.
Il fait bien beau temps ce matin. Si tu pouvais venir me
chercher pour marcher un peu, il me semble que cela me ferait du bien, quoi qu’en
dise
le médecin. J’ai la tête en charivari, je n’ai jamais tant souffert qu’hier et
aujourd’hui je ne t’ai jamais plus aimé non plus, ce qui ne m’a pas empêchée d’être
la
plus triste et la plus malheureuse des femmes. Si vous étiez venu, mon cher petit
homme, il en aurait été tout autrement. Voyez pourtant à quoi tient le bonheur en
ce
monde. Cela ne m’empêchera pas, mon cher petit Toto, si vous venez tôt, de vous
recevoir à genoux avec toutes sortes de CARESSES et de reconnaissances. Si vous venez
tard, ce sera encore la même chose car je ne vous en aimerai pas moins.
Juliette
a « quant ».
« 9 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 35-36], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2345, page consultée le 01 mai 2026.
Lundi soir [9 mai 1836], 8 h.
Mon cher petit Saint, je voudrais bien te voir pour te dire
que je t’aime, pour te baiser et puis aussi pour savoir comment on a trouvé la fameuse
robe1. Je m’y intéresse beaucoup. Tu
paraissais bien fatigué tout à l’heure et bien grognon dans
le commencement mais ensuite ta petite figure s’est radoucie et j’ai été bien
heureuse. Vous avez encore eu un petit accès de jalousie, vilain
jaloux. Convenez que vous êtes bien bête, non mais convenez-en, voilà tout. Et
puis embrassons-nous et recommençons sur de nouveaux frais, voilà le plus sage parti
à
prendre. Je pense avec chagrin que la présence de M. N.2 me dépouillera de
la plus grande partie de mon bonheur et de mes bénéfices. Où est donc le proverbe
qui
dit qu’un bienfait n’est jamais perdu ? Il n’a qu’à montrer
son nez dans cette affaire-ci, il verra comme je le recevrai.
Je vous ai donné
une fameuse ficelle tout à l’heure pour faire un grand coup de théâtre. Je voudrais
bien savoir si vous avez réussi. Mais ce que je veux sans fin, ce que je veux sans
cesse, ce que je veux toujours, ce que je veux encore, c’est toi, toi, ma joie ma
vie
mon bonheur.
Juliette
1 À élucider.
2 Le peintre et graveur Célestin Nanteuil, ami de Victor Hugo. Il accompagnera le couple pendant une partie de son voyage en Normandie en se faisant passer pour le frère de Juliette.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
