9 juin 1846

« 9 juin 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 139-140 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2189, page consultée le 03 mai 2026.

XML

Bonjour mon Victor, bonjour mon ravissant bien-aimé, bonjour de toute mon âme. Tout va encore bien ici. La nuit a été bonne et la matinée paraît vouloir bien commencer. Si cette pauvre enfant pouvait prendre le dessus, nous serions bien heureux et bien contents tous. Si le bon Dieu le veut, il le peut aussi. Je le prie bien ardemment tous les jours pour cela. Il m’a fallu bien du courage hier pour te quitter avant le terme de ta course, mon cher adoré, et bien des fois je me suis retournée avec la pensée de recourir après toi et te conduire jusque chez Robelin. Si je ne l’ai pas fait c’est par le sentiment de mon devoir envers cette pauvre chère enfant et dans la crainte qu’il ne soit survenu quelque chose de mal. Du reste tout s’est très bien passé en mon absence. J’ai trouvé le médecin qui venait d’arriver et qui l’a trouvée assez bien. La nuit a été bonne, aussi je me reprends à espérer de toutes mes forces. Si on pouvait la transporter d’ici à huit jours, quel bonheur ce serait pour moi de revivre auprès de toi et de reprendre toutes ces douces habitudes d’autrefois. Seulement d’habiter ma chambre [illis.] pleine de ton doux souvenir, cela me comblera de joie et de bonheur. Si tu savais, mon Victor, combien tout ce que tu as touché, tout ce qui t’a servi, tout ce que tu as regardé m’est précieux, tu comprendrais quelle aggravationa s’ajoute à notre séparation, en vivant dans une chambre inconnue dans laquelle tu n’as pas habité, où rien n’est à toi. C’est un double exil, exil de la pensée et des souvenirs, exil de la personne, privation de tout. Je serai bien délivrée et bien heureuse de toute façon le jour où j’emmènerai ma pauvre enfant guérie. D’ici-là il faut que j’aie du courage et je ne peux en avoir qu’en te voyant et en pensant à toi.


Notes manuscriptologiques

a « agravation ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.