« 23 mai 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 81-82 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1814, page consultée le 05 mai 2026.
23 mai [1846], samedi après-midi, 2 h. ¾
Je ne t’ai pas écrit ce matin, mon doux bien-aimé, mais tu sais que cela ne m’empêche pas de penser à toi, de ne penser qu’à toi et de t’aimer de toute mon âme. Ma fille a été assez calme toute la nuit mais depuis ce matin elle est excessivement rouge et elle tousse beaucoup. Elle se plaint de cette plainte continue des malades qui fait tant de mal parce qu’on ne peut la faire cesser. La cause de cette plainte c’est une insupportable douleur causée par le séjour prolongé au lit et dans la même attitude.
3 h. ¼
Mme Triger vient de venir et elle n’a pas pu me dire si son mari viendrait tantôt, ce qui est cause que je l’ai assez mal reçue dans le premier moment quoique ce ne fût pas de sa faute. J’ai la tête à l’envers et je ne sais vraiment pas ce que je dis la plupart du temps. La plus petite occasion qui se présente d’épancher mes inquiétudes sous la forme de la mauvaise humeur et de l’irritabilité, ma nature la saisit avec emportement et malgré moi pour se soulager probablement de l’affreuse contrainte que je m’impose en voulant la cacher à ma pauvre fille. Ses plaintes me déchirent le cœur. Je voudrais pouvoir souffrir à sa place. Il me semble que je souffrirais moins. J’attends M. Louis avec bien de l’impatience, tu dois bien le penser. Hier j’avais du courage et de l’espoir. Ton adorable lettre m’en avait donné mais aujourd’hui mes angoisses et mes craintes reprennent le dessus. Je ne sais plus que croire, mon bien-aimé, mon pauvre père éprouvé, mon divin bien-aimé. Prie pour nous ton ange qui est au ciel1 pour qu’il obtienne la santé de mon pauvre enfant. Je ne peux pas pour moi, je suis trop loin de Dieu de toute façon et trop près du lit de souffrances de cette chère enfant. Ses plaintes me donnent trop de distractions douloureuses et puis, je te le répète, je suis trop loin de Dieu pour qu’il m’entende. C’est en toi que j’espère, c’est à toi [à] qui j’adresse toutes mes supplications. C’est à toi que je donne ma vie toute entière.
Juliette
1 Léopoldine, fille de Victor Hugo, morte à dix-neuf ans le 4 septembre 1843.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
