« 25 janvier 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 81-82], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4614, page consultée le 04 mai 2026.
25 janvier [1846], dimanche matin, 9 h. ¾
Bonjour mon petit Toto, bonjour mon cher bien-aimé, bonjour mon Victor adoré comment vas-tu ce matin ? As-tu bien dormi ? Chaque fois que je te quitte mon cœur se serre en pensant que tu vas encore travailler quoiqu’il soit très tard et très avant dans la nuit. Jusqu’à présent cela t’a réussi mais cependant cela ne laisse pas que d’être inquiétant. Si jamais je deviens riche ce sera un grand soulagement pour moi de savoir que tu n’as plus besoin de travailler pour moi aux dépens de ton repos et de ta santé. Hélas ! Je cours grand risque de ne jamais voir ce moment-là par les loteries qui pullulent et où je ne gagne rien1. Encore si je ne te savais pas tourmenté sur le sort de ce pauvre petit Jules2. Moi qui ne le connais pas j’en ai été toute attristée quand tu m’as eu dit son mal cette nuit. Cependant tout n’est pas désespéré, c’est M. Louis lui-même qui l’a dit. J’espère que le bon Dieu vous épargnera à tous cette nouvelle affliction, je l’ai bien prié de tout mon cœur pour cela. Quand te verrai-je, mon bien-aimé ? J’ai le cœur plein d’amour qui ne demande qu’à s’épancher dans un de tes baisers. J’ai besoin de te voir, j’ai besoin d’entendre ta douce voix. J’ai besoin de te toucher et de te respirer. Tâche de venir le plus tôt que tu pourras. En attendant je m’occupe de toi, je te désire et je t’adore. La journée promet d’être maussade et pluvieuse comme toutes les autres. J’en suis fâchée pour toi, mon pauvre doux bien-aimé que cela ennuie et qui barbotte dans la boue, forcé par ton travail. Si tu pouvais venir t’installer au coin de mon feu, ce serait plus sain pour toi et plus heureux pour moi. Mais je sais que tu ne le peux pas et je me résigne en te recommandant le soin de ta chère petite santé.
Juliette
1 Le 9 janvier, Juliette a participé à une loterie.
2 Jules Hugo (1835-1863), neveu de Victor Hugo, âgé alors de onze ans.
« 25 janvier 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 83-84], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4614, page consultée le 04 mai 2026.
25 janvier [1846], dimanche après midi, 3 h. ¾
Je ne m’habitue pas et je ne pourrai jamais m’habituer, je le sens bien, à te voir partir sans tristesse. Pas plus que je ne me suis habituée à te voir venir sans tressaillement de joie et d’amour. Treize années de ces émotions si diverses ne les ont ni affaiblies, ni diminuées en rien. C’est absolument comme le premier jour. Aussi t’ai-je vu partir tout à l’heure avec un inexprimable regret. J’aurais voulu me faire sylphe pour ne pas te quitter. Mon aimé, mon adoré petit Toto, je te dis toujours la même chose, cela doit te blaser et t’ennuyera. Mais pour qu’il en soit autrement il faudrait que je t’aime moins ou que je ne t’écrive pas. Tu m’as promis de revenir tout à l’heure, mon cher petit homme, et quoique je sache trop bien ce que signifient les promesses que mon importunité t’arrache, je crois à celle-ci malgré moi. Tu ne me l’aurais pas faite même que je croirais encore à ton prochain retour tant j’ai besoin de te voir et de vivre auprès de toi. Tâche de ne pas convertir en douloureuse déception cet espoir si tendre et si passionné. En attendant que tu viennes je fais de mon mieux pour passer le temps sans trop d’ennui et d’impatience. Malheureusement je n’y suis pas trop habile et tous mes efforts n’aboutissent qu’à me faire trouver les secondes comme des jours, les minutes comme des mois et les heures comme des années. C’est ma plus grande perfection, je ne saurais pas faire mieux. Baise-moi mon Victor chéri. Je te dis là d’éternelles rabâcheries sur lesquelles tu dois être mille fois blasé, mais je t’aime trop pour avoir de l’esprit.
Juliette
a « t’ennuier ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
