« 15 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 57-58], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12168, page consultée le 01 mai 2026.
15 août [1842], lundi matin, 9 h. ½
Bonjour mon petit Toto de mon âme. Bonjour mon amour chéri. Comment vas-tu ce matin ?
Comment va ta main adorée1 ? Comment va le cher petit malade2 ? Je me suis levée cette nuit à
quatre heures pour des maux d’entrailles dont j’ai beaucoup souffert. J’espérais que
tu viendrais mais je me suis trompée comme je me trompe tous les jours et à tous les
moments de la journée. Je prends le désir et le besoin que j’ai de voir ta ravissante
petite figure pour un pressentiment que tu vas venir et tu ne viens jamais. Je ne
te
grogne pas, mon pauvre adoré, bien au contraire, car j’ai le cœur plein de tendresse,
de pitié et d’admiration pour ton dévouement et pour ton courage. Pauvre ange du bon
Dieu, je t’aime plus que je ne puis dire parce qu’il n’y a pas d’expression qui
approche de l’amour plein de vénération et d’adoration que j’éprouve pour toi. Je
voudrais baiser tes pieds.
Soigne-toi mon cher bien-aimé. Pense à moi, aime-moi
et viens me voir le plus tôta que tu
pourras.
J’ai oublié de te dire que je n’ai plus de papier. Voici la dernière
feuille. Si je te vois assez à temps je te prierai de m’en apporter, sans cela, j’en
ferai acheter un cahier. Seulement il faudrait te décider, mon amour, à m’en apporter
tout de suite une provision parce que, rien que pour toi, il m’en faut un cahier tous
les trois jours. Sans compter les lettres que tu écris, ou
que tu me fais écrire et celles qu’il faut que j’écrive à mes fournisseurs puisque
je
n’ai pas d’autre voie de communication avec eux. Je te donne en détailb toutes les explications afin que tu
comprennes pourquoi je te demande tant de papier à la fois. Maintenant, baise-moi,
mon
cher adoré, et fais ce que tu veux. Je t’aime de toute mon âme. Ne fatigue pas ta
chère petite menotte et viens me baiser bien vite.
Juliette
1 Victor Hugo souffre de goutte à la main.
2 François-Victor Hugo se remet d’une grave maladie pulmonaire.
a « plutôt ».
b « détails ».
« 15 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 59-60], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12168, page consultée le 01 mai 2026.
15 août [1842], lundi soir 7 h. ¾
Puisque tu veux bien le permettre, mon adoré, je t’écris sur ce vilain papier sale.
Mais n’oublie pas de m’en apporter ce soir, car outre que ce papier est hideux, c’est
aussi le dernier morceau qu’il y a dans la maison.
Quel bonheur, mon cher adoré,
voici ta chère petite main revenue à son état naturel. Pourquoi faut-il que
M. Louis aiea tant tardé à te l’ordonner. Il y a
longtemps que tu serais débarrassé. Dans quelques jours il n’y paraîtra plus. C’est
bien dommage que la guérison de Toto ne se mette pas au pas avec la tienne. Au train
dont tu y vas, il ne serait plus question de rien d’ici à huit jours. Ce cher petit
paresseux prolonge sa convalescence dans l’intérêt de son capharnaüm, j’en suis sûre,
mais il ne sait pas qu’il est assez ravissant pour inspirer la même générosité, lui
étant en bonne santé. Voilà ce qu’il faut lui dire. À vous, je vous répète qu’il faut
me faire un enfant quandb même et
nonobstant toutes les goutteries de la nature. Je le veux, je l’ordonne. Ce ne sera
pas demain puisque vous allez à cette fameuse distribution1 mais ce sera au plus tard pour après-demain.
Apprêtez-vous pour cette cérémonie.
Juliette
1 Excellent élève, Charles Hugo a remporté un prix (vraisemblablement au concours général, où il a déjà remporté celui de thème latin en 1840), qu’il recevra lors d’une cérémonie en Sorbonne à laquelle son père va assister. Les festivités auront lieu, d’après les lettres de Juliette, entre le 16 et le 18 août 1842.
a « est ».
b « quant ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
