11 avril 1842

« 11 avril 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 263-264], transcr. Anne-Estelle Baco, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9661, page consultée le 05 mai 2026.

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Bonjour mon Toto. Bonjour mon bien aimé, comment vas-tu, comment va le cher petit garçon1 ? S’il suffisait d’être bien aimé pour être à l’abri de tout mal, personne plus que vous, mes chers petits, ne serait sûr de jamais souffrir, car personne n’a jamais été plus ni mieux ni même autant aimé que vous. Baise-moi, mon cher adoré. Je t’aime. Tu le sais bien, n’est-ce pas ? C’est aujourd’hui mon anniversaire de naissance, le 11 avril2. Ia ia Monsire Dodo. J’ai èdre fenue au monte il y a pien longdemps le onse affril. Il n’y a bas peaucgoup te goi s’en fander n’est-ze bas3 ? Eh ! bien je ne m’en vante pas non plus, vieux malhonnête. Je vous dis la chose parce que je NE CACHE PAS MON ÂGE MOI. Attrape ça Toto, c’est du cochon. Baise-moi, vilain monstre d’homme. J’ai eu bien mal à la tête toute la nuit, mon pauvre Toto, j’y ai encore bien mal, mais ça ne sera rien. L’essentiel est que toi et l’autre cher petit Toto ne souffriez pas du tout. Jour Toto. Le petit arbre est joliment bien fait, je le vois d’ici dans son petit nuage, c’est charmant. Vous êtes mon Toto, très Toto, voilà tout ce que je peux vous dire de mieux. Baisez-moi. Je viens de donner mes ordres à Suzanne au sujet du Triger et puis je vais écrire à sa femme pour lui dire de nous faire savoir à l’avance le jour et l’heure où il viendra4. Etes-vous content, monsieur ? Pauvre Toto chéri, je ne veux jamais rien faire qui te déplaise, au contraire. Mon Dieu, je donnerais ma vie pour te plaire. C’est bien vrai du fond de l’âme, mon cher adoré. Viens bien vite, je t’attends.

Juliette


Notes

1 François-Victor Hugo. D’une santé très fragile quand il était enfant, il tombera très souvent malade. Depuis le début du mois de février il souffre d’une grave maladie pulmonaire qui connait beaucoup d’améliorations et de rechutes dont la convalescence n’interviendra qu’à l’automne.

2 En vérité, Juliette Drouet, dont le nom de naissance est Julienne Gauvain, est née le 10 avril 1806. C’est le 11 avril que son père, Julien Gauvain, enregistre à la mairie de Fougères « un enfant du sexe féminin, né le jour d’hier à 7 heures du matin ».

3 Imitation de l’accent allemand : « Oui, oui, Monsieur Toto. Je suis venue au monde il y a bien longtemps, le onze avril. Il n’y a pas beaucoup de quoi s’en vanter, n’est-ce pas ? »

4 Juliette était en convalescence tout le mois de mars après avoir été malade en février. Elle doit faire à nouveau un contrôle de santé avec son médecin, le docteur Triger.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.

  • 12 et 28 janvierLe Rhin.
  • Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
  • 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.