« 3 mars 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 147-148], transcr. Anne-Estelle Baco, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9624, page consultée le 01 mai 2026.
3 mars [1842], jeudi, midi ¼
C’est à mon tour à te dorlotera
et à te mettre dans du coton, mon cher adoré. Tu vas voir comme je vais bien m’en
acquitter, mon pauvre amour. Mais je ne veux pas pour ça que tu sois malade, je veux
seulement que tu aies besoin de bon petit sirop, de bonnes petites pastilles de gomme,
de bonne soupe au lait, de bons petits œufs frais, d’échaudés et des bons épinards
au
sucre1. Voilà tout et puis LE RESTE,
c’est-à-dire des bons petits mots bien doux, des baisers bien tendres, etc.,
etc. Enfin tout ce qui constitue un régime pour un bon petit homme chéri qu’on aime
et
qu’on adore. Quant à moi, Dieu sait quand j’aurai mon bouillon. La bonne2 n’est pas encore revenue de chercher son pot au feu et la marmiteb n’est pas sur le feu. Mais ça m’est
égal, je mangerai des échaudés comme plusieurs lions et je me tirerai d’affaire très
bien. Je me sens très en appétit depuis mon fameux œuf et mon énorme échaudé, ia ia monsire matame CHE MANCHERAI LE TIAPLE3 ! De ton côté, mon pauvre amour, prends garde d’avoir
froid et ne te fatigue pas trop. Ne vac pas à cette Académie aujourd’hui, c’est toujours de la fatigue
parce qu’on y parle toujours trop. Vous êtes là un tas de vieux bavards qui ne pouvez
pas vous taire4.
Je viens d’écrire au sieur Gugu5 ! Quel
affreux nom et je lui ai mis 5 F dans la lettre, ce qui lui
sera très agréable si j’en juge d’après le regret que j’ai de les lui donner. Enfin
il
faut espérer que cette stupide maladie touche à sa fin et que nous pourrons à notre
tour laisser reposer notre pauvre bourse qui a un fameux dévoiement elle aussi depuis
trois semaines ! Je le désire plus que de toutes mes forces pour plus d’une raison
dont la première est que nous serons à NOUS et que nous pourrons nous aimer à notre
aise sans assaisonnement de sangsues, de cataplasmes et d’eau de poulet. En attendant
je t’aime passionnément et j’attends ce soir avec impatience pour te dandiner à mon
goût. Prends bien garde d’avoir froid.
Juliette
1 Après Juliette qui a été malade au mois de février, c’est au tour de Victor Hugo d’être souffrant.
3 Imitation de l’accent allemand : « Oui, oui, Monsieur, Madame, je mangerais le diable ! »
4 Victor Hugo a été élu membre de l’Académie française le 7 janvier 1841, mais Juliette se moque souvent de cette institution qu’elle juge inutile en qualifiant ses représentants de « vieux baveurs ».
5 À élucider.
a « dorlotter ».
b « marmitte ».
c « vas ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
