« 4 janvier 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 11-12], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11105, page consultée le 06 mai 2026.
4 janvier [1842], mardi soir, 6 h. ¼
Je t’écris, mon cher adoré, terrassée par le mal de tête. Je n’en puis plus à la
lettre et si j’osais, je crierais de toutes mes forces. J’ai eu la visite de Mme Devilliers et
Dupressoir et pendant qu’elles étaient là, Mlle Hureau est arrivée, qui n’a pas voulu entrer. De
toutes ces visites, qui chacune d’elles a duré fort peu, celle de Mlle Hureau m’a été la seule véritablement agréable à cause
de l’excessive bonté de cette excellente et aimable demoiselle pour ma pauvre
péronnelle. Du reste, elle paraissait fort triste et je crains qu’elle ne se retire
tout à fait et de la pension et de l’éducation. Je me trompe peut-être. Je le désire
plus que je ne l’espère. Quant à ces femmes, elles étaient très parées et très
cérémonieuses, comme il convient à ces espèces d’autruches. Moi, j’étais à peine vêtue
et débarbouillée comme c’est assez mon habitude mais je m’en moque comme de l’an 40.
J’ai expliqué à Mlle Hureau pour la lettre à M. Comte1. Elle a paru comprendre mais cependant elle n’a
pas pu me dire si son beau-frère se rendra à cette bonne raison. Maintenant nous avons
fait ce que nous devions, c’est au beau-frère à suivre tes conseils s’il veut le
succès.
Je t’ai fait acheter du raisin, mon adoré, 15 F. la livre, mais il n’y a
pas à liarder car tu en as besoin et il vaut encore mieux manger du raisin que des
cataplasmes et des sangsues. Ainsi, c’est dit, tant qu’on en pourra trouver, on t’en
achètera. La mère Lanvin doit venir demain à
ce que son mari a dit à Suzanne qui l’a vu
au marché.
Jour Toto. Jour mon cher petit o. Je t’aime. Ne me juge pas sur ce matin où j’étais si malade mais reviens cette
nuit et tu m’en diras des bonnes nouvelles. En attendant, je souffre comme une damnée
et je voudrais pouvoir m’arracher la tête afin de voir ce qu’il y a dedans qui me
fait
tant souffrir, mais je ne le peux pas malheureusement. Tout ce que je t’écris est
si
niais et si stupide que je ne sais pas même, avec tout l’amour que je te suppose et
que je te désire, comment tu as le courage de les lire. Quant à moi, cela me serait
impossible avec la meilleure volonté du monde, mais je t’aime mon Victor, je t’aime
autant que je suis bête, il n’y a rien au dessus de ça. Je t’adore.
Juliette
1 À identifier.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
