« 23 janvier 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 23], transcr. Blandine Bourdy et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12749, page consultée le 06 mai 2026.
Paris, 23 janvier 1880, vendredi matin, 9 h.
Cher bien-aimé, bénie soit la première nuit que j’ai passée sous la même clef que toi.1 Il me semble que c’est une nouvelle et suprême reprise de possession que j’ai fait de toi, et qu’elle nous portera bonheur à tous les deux. Déjà cette nuit a été pour nous deux beaucoup meilleure que les précédentes. Espérons que celles qui suivront leur seront supérieures encore. En attendant, soyons heureux de ce nouveau, et plus immédiat, rapprochement de nos deux personnes qui permet que les battements de nos cœurs soient plus près les uns des autres par ce saint voisinage. J’espère que Broca2 et Émile Allix constateront tantôt une grande amélioration de ton état général sur celui d’hier. Mais pour ne pas laisser rouiller ma scie3, je te fais souvenir que tu ne m’as pas donné d’argent, et que je suis déjà en retard avec ta cuisinière à laquelle je dois ce matin-même la somme de 202 F. 70 c. à cause des 85 F. qu’elle a avancés pour payer la note du gaz. Cela dit, je n’ai plus à ajouter que ce total qui est tout mon bien : je t’adore.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Voir la lettre de la veille, 22 janvier 1880, où Juliette se propose de s’installer dans le cabinet laissé vacant par le départ de leur servante Mariette qui a été transportée à l’hospice Sainte-Anne sur prescription du docteur Boucherot le 30 décembre 1879, et dont le cabinet se trouvait à l’entrée de la chambre de Victor Hugo.
2 Paul Broca, médecin élu sénateur inamovible cette année 1880 (qui est aussi l’année de son décès), avait soigné Victor Hugo lors de son accident vasculaire cérébral survenu deux ans plus tôt.
3 Scie : refrain entêtant.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française
- AvrilReligion et religions.
- 24 octobreL’Âne.
