« 6 janvier 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 5], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2232, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 6 janvier [18]73, lundi matin, 8 h. 20m.
Mon cher bien-aimé adoré, avant toute chose, avant même de te dire : bonjour, je veux
te demander pardon de la triste lettre que tu viens de lire, lettre moins triste
encore que mon cœur au moment où je l’écrivais. Si tu savais combien je t’aime, tu
comprendrais combien je souffre quand je doute de ton amour1. Ton amour, mon bien-aimé, c’est la vie de
mon corps et la force de mon âme tant que je le vois distinctement. Mais dès qu’il
me
manque ou qu’il s’obscurcit, je ressemble à une pauvre aveugle tombée dans un
précipice sans fond. C’est pourquoi, mon grand, mon vénéré, mon sublime, mon divin
bien-aimé, je te supplie de ne pas t’éloigner de moi ni de corps, ni de cœur, ni
d’esprit afin que j’arrive les ailes enlacées dans les tiennes souriante et ravie
devant Dieu en lui demandant de bénir notre amour dans l’éternité. Maintenant que
la
lumière m’est rendue encore une fois, grâce à ton inépuisable et ineffable bonté,
et
que je vois le fond de ton âme comme le fond de la mienne je suis la plus heureuse
des
femmes et la plus forte aussi contre la maladie et les épreuves de tout genre qui
peuvent nous affliger et je me sens de taille à lutter victorieusement contre tous
les
méchants de ce monde qui te voudraient du mal.
J’espère que tu as mieux dormi
cette nuit que l’autre, sans cela je m’en voudrais d’avoir été mieux partagée que
toi
par un sommeil de plomb pendant cinq heures. J’espère encore, et surtout, par-dessus
tout, que tu auras de bonnes nouvelles de ton petit Victor2 par
E. Allix aujourd’hui ou demain qui te
tranquilliseront tout à fait. Je les implore de la bonté de Dieu et de sa justice,
je
prie, je t’aime, et j’attends.
1 Juliette ne se trompe pas. Hugo a débuté une liaison avec Blanche. Il notera, le 3 février, dans son carnet : « Cette après-midi, Juliette n’est pas tranquille. Je ne veux pas qu’elles souffrent, ni elle, ni l’autre. »
2 François-Victor Hugo, malade.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.
- 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
- 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
- 12 juilletBlanche revient secrètement.
- 21 juilletBlanche repart pour Paris.
- 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne. - 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
- 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
- 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
- 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
- 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
- 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.
