« 6 novembre 1872 » [source : BnF, Mss, NAF 16393, f. 307], transcr. Bulle Prévost, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9942, page consultée le 10 mai 2026.
Guernesey, 6 nov[embre]a[18]72, mercredi matin, 7 h. ½
Je te remercie, mon cher adoré, d’avoir écouté la prière que je te faisais tout à l’heure de ne pas rester sous la pluie et dans le brouillard le temps de lire mes deux énormes mais insignifiants gribouillis. Je te remercie du fond du cœur de m’avoir entendue et de m’avoir cédé. Le bonheur de te voir n’en estb pas moins grand pour avoir duré moins longtemps. Merci, je t’aime, je t’adore. J’espère que tu as passé une bonne nuit mais je ne le saurai que tantôt quand tu viendras. Jusque-là, je tâche de prendre le désir que j’ai que tu aies bien dormi pour une certitude. Puisse ma confiance ne s’être pas trompée. Ma sollicitude s’étend naturellement à tous tes chers enfants, grands et petits. Dans ce moment-ci surtout c’est de ton petit Victor1 qu’elle s’occupe. Sans en être inquiète je ne suis pas tranquille. Je le suis d’autant moins que je sens que tu t’en tourmentesc. Je voudrais que tu aies déjà vu Corbin et pris de lui de sérieux renseignements sur la santé de ton fils qui te permettent de lui écrire ce que tu juges nécessaire dans l’intérêt de sa guérison. Plus vite ce sera fait, mieux ça vaudra pour toi et pour lui et pour tous ceux qui l’aimentd comme moi. Et puis il ne faut pas qu’il te croiee indifférent à sa santé et à sa tristesse ce à quoi on n’est que trop porté, quand on est loin l’un de l’autre et qu’on souffre. Je te demande pardon de te dire des choses que tu sens et que tu sais encore mieux que moi ; mais je cède au besoin de toujours tout te dire et comme cela me vient me fiant en ton cœur comme au mien pour ne voir que mon amour dans tout ce que je sais, dans tout ce que je dis, dans tout ce que je pense.
1 François-Victor Hugo, resté en France, dont Juliette et Victor Hugo ont appris l’indisposition quelques jours plus tôt. Il pourra l’année suivante, le 26 décembre 1873 de la tuberculose.
a Originellement, Juliette Drouet a écrit « oct. » mais le mois a été corrigé au-dessus par « nov. » d’une écriture qui ne semble pas être celle de Juliette.
b « n’est ».
c « tourmente ».
d « l’aime ».
e « crois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils partent à Guernesey pour un an, le temps pour Hugo d’écrire son roman Quatrevingt-treize et d’entreprendre la conquête de Blanche, servante de Juliette.
- 7 janvierÉchec de Hugo à une élection partielle.
- 13 févrierHugo retrouve chez le docteur Allix sa fille Adèle, qu’il n’a pas vue depuis le 18 juin 1863. Elle revient de la Barbade.
- 17 févrierAdèle, fille de Victor Hugo, est internée dans la maison de santé du docteur Brierre de Boismont, à Saint-Mandé.
- 16 marsActes et Paroles.
- 7 avrilBlanche Lanvin entre au service de Hugo.
- 29 maiNaissance de sa petite-nièce Juliette, fille de son neveu Louis Koch.
- 10 août 1872-30 juillet 1873Séjour à Guernesey.
- 25 décembreHugo entreprend la conquête de Blanche Lanvin.
