« 16 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 163-164], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3134, page consultée le 03 mai 2026.
16 février [1839], samedi après-midi, 1 h. ¾
Bonjour, mon petit homme adoré, bonjour comment vas-tu ? As-tu passé une bonne nuit et tes pauvres beaux yeux sont-ils moins malades ce matin ? Je voudrais te savoir bien portant et heureux pour me réjouir sans aucune pensée triste de l’anniversaire de notre amour. Car c’est ce soir qu’il y aura six ans que nous nous aimons ! Six ans ! C’est bien long pour la jeunesse et la beauté d’une femme, mais pour l’âme en extase, ce n’est pas même un moment. Il me semble, mon adoré, que c’est ce soir seulement et pour la première fois que je t’attends et si tu viens, l’illusion sera complètea. Je croirai que le ciel s’ouvre pour moi. Je t’aime, je t’aime, je t’aime. Te souviens-tu quand et comment je te l’ai dit ? Eh bien, c’est avec le même sourire et avec le même enivrement que je te le dis encore à présent. Je viens de relire tous mes chers petits anniversaires. Il reste une page blanche que le 17 février [1839] et le 26 rempliront, n’est-ce pas, mon adoré ? Je t’aime, j’aurais voulu ne te parler absolument que de notre amour dans cette pauvre petite lettre mais voilà que la bonne me dit que l’homme du médecin est revenu ce matin pendant que je dormais. Je ne comprends pas cette insistance de la part de M. Vidal à m’envoyer des hommes ici. Au reste, la bonne lui a dit de venir ce soir s’il voulait. En attendant, je vais faire ta chère petite tisane et t’aimer de toute mon âme.
Juliette
a « complette ».
« 16 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 165-166], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3134, page consultée le 03 mai 2026.
16 février [1839], samedi soir, 7 h. ½
J’espère, mon cher bijou, que ton absence de toute la journée tournera au profit de
ce soir et de cette nuit. Sans cela, ce serait doublement triste pour moi ? Je t’ai
attendu en vain toute la journée et il ne me paraît pas que tu viennes auparavant
ton
dîner ou si peu que le regret n’en sera que plus vif. Je suis triste, triste. Il est
probable que tu auras donné ton temps à quelque commission ou à quelque importun plus
heureux que moi ? Car c’est ainsi tous les jours. C’est moi qui aime et qui attends
et
ce sont les indifférentsa et les
curieux qui profitent de votre adorable petite personne.
J’ai donné tantôt les
40 francs du médecin à son agent puisqu’agent il y a qui m’a remis en échange un
double du mémoire et des acomptes, plus un reçu des 40 francs d’aujourd’hui. J’ai
vu
Gérard, la marchande de modes à qui j’ai
commandé mes coiffures. J’ai fait ta chère petite tisaneb, nous verrons si tu la trouvesc meilleure. Cependant je crois que
demain ce sera encore mieux. Je t’aime, je t’aime, j’ai le cœur triste en pensant
que
tu n’es pas venu de la journée et surtout aujourd’hui
enfin.
Juliette
a « indifférens ».
b « tisanne ».
c « trouve ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
