7 juin 1855

« 7 juin 1855 » [source : BnF, Mss, NAF 16376, f. 239-240], transcr. Magali Vaugier, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7092, page consultée le 04 mai 2026.

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J’allais vous écrire, mon amour, quand vous m’êtes apparu à l’horizon avec le cortège de mon âme et de mon cœur vous suivant à l’envia l’un de l’autre. Maintenant me revoilà seule comme devant, hélas ! je tâche de repêcher ma splendide vision de tout à l’heure dans ma bouteille à l’encre mais jusqu’à présent je n’y trouve que les pataquès frétillants et les stupidités écaillées, mes poissons ordinaires. Ah ! voici Mme Florence. Elle vient sur un air de tonnerre sourd absolument comme dans un troisième acte d’Ambigu1. Je reprends après un corsage d’entracte avec le même accompagnement de grosses caisses en sourdine. J’ai grand peur entre nous que ma fameuse robe à vingt-six sous la verge ne soit complètement ratée par la susdite Florence. Le peu que j’en ai vu n’est pas rassurant. Mais telle est ma philosophique coquetterie que je n’en fiiiiiiiiiiiche. Autre incident dont je suis plus vivement touchée, c’est la débâcle complète de ces pauvres Luthereau, lesquels ont été forcés de s’enfuir précipitamment de Bruxelles pour éviter la prison pour dettes, cette stupide panacée contre la ruine et la misère2. Je plains ces pauvres gens de tout mon cœur, mais que faire pour leur venir en aide ? Je ne vois malheureusement aucun moyen de leur être utile à cette distance et dans les circonstances présentes. C’est triste car j’ai pour eux une vraie affection. Mon cher adoré, je t’aime. Voilà le mot qui revient toujours sous ma plume et qui jaillit constamment de mon cœur. Je t’adore.

Juliette


Notes

1 Le théâtre de l’Ambigu-Comique jouait des mélodrames.

2 À Dumas, Victor Hugo écrit le 17 juillet que les Luthereau sont revenus à Paris après avoir échoué « comme imprimeur et honnête homme à Bruxelles ».

Notes manuscriptologiques

a « l’envie ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.

  • 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
  • 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
    Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes.
  • 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
  • 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
  • 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
  • 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.