« 2 juillet 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 5-6], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5672, page consultée le 24 janvier 2026.
2 juillet [1837], dimanche matin, 9 h. ½
Bonjour mon cher petit homme, bonjour mon adoré. Tu devrais bien venir me donner des nouvelles ce matin de la chère petite malade1. J’espère qu’elle continue d’aller mieux et que vous êtes tous hors d’inquiétudes à présent. J’avais si mal à la tête cette nuit quand tu m’as quittée que je n’ai pas pu lire du tout. Je suis encore un peu souffrante ce matin, mais je pense que cela se dissipera dans la journée. Jour mon petit o. Nous avons bien de la peine à reprendre notre équilibre dans notre bonheur. C’est à peine si je te vois quelques heures dans un mois, tandis que les autres années nous avions un petit ordinaire très agréable sinona suffisant. Je n’ose même pas vous rappeler cela, parce qu’à l’instant votre figure se renfrogne et vous me dites des sottises tant il est vrai que la vérité offense2. Jour mon gros to. Vous seriez bien bon de venir me voir une minute ce matin. Je suis encore un peu tourmentée au sujet de ma pauvre petite Dédé et puis j’ai besoin de te voir. Ne vous fâchez pas, ce n’est pas ma faute bien sûr si je sens comme cela. Je vous aime plus que vous ne voulez, voilà tout. Ça n’est pas un crime. Jour mon gros to. Aimez-moi un peu et tâchez de me le prouver quelquefois. En attendant ce moment très éloigné, je vous aime, je vous adore et je vous désire.
Juliette
1 Il s’agit de la petite Adèle, dont l’état de santé continue d’inquiéter (voir les lettres des jours précédents).
2 Juliette fait précéder cette formule de deux points, ce qui laisse à penser qu’elle l’utilise comme un proverbe faisant écho à une sentence de la doctrine chrétienne (« Tout ce qui blesse la vérité offense Dieu »). Dans l’Encyclopédie de Diderot & d’Alembert, on trouve, à l’entrée « Offense », une assertion plus proche de l’idée de Juliette : « La lumière de la vérité offense singulièrement certains hommes accoutumés aux ténèbres ».
a « si non ».
« 2 juillet 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 7-8], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5672, page consultée le 24 janvier 2026.
2 juillet [1837], dimanche soir, 10 h.
Je m’explique maintenant, mon cher bien-aimé, ta tristesse et ta préoccupation tantôt. Jamais regrets n’ont été plus mérités, car jamais homme ne t’a plus loyalement et plus sincèrement aimé que ce pauvre jeune homme1. Quanta à moi qu’il a soutenue et encouragée dans un temps où ceux qui se disaient tes amis m’attaquaient avec tant d’acharnement, je le regrette du fond de l’âme comme un de ces rares amis dévoués qu’on ne rencontre que rares fois dans sa vie. Serrons-nous bien l’un contre l’autre, mon pauvre bien-aimé. Le vent souffle fort et disperse les bons amis et les tendres amants. Nous sommes dans la trombe, tâchons d’y résister. Si tu me quittais seulement de la pensée, je serais bien vite couchée à terre pour ne plus me relever. Je le sens bien et je me cramponne à ton amour de toute la force de mon cœur. J’ai hâte de te serrer contre mon cœur. Il me semble qu’il y a un siècle que je ne t’ai vu tant la soirée d’aujourd’hui m’a parub longue. Et puis dans le cas où je serais obligée de partir à l’improviste, je veux m’approvisionner à l’avance d’amour et de bonheur afin d’emporter quelque chose dans un monde d’où l’on ne rapporte rien. Je t’aime.
Juliette
1 Hugo vient d’apprendre, par une lettre d’Achille Brindeau datée du 2 juillet, la mort survenue le 22 mai à la Martinique, suite à un duel, de Louis de Maynard de Queilhe, écrivain martiniquais, auteur chez Renduel du roman Outre-mer (1835). Hugo lui avait écrit une lettre le 21 mai.
a « quand ».
b « parue ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
