« 11 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 263-264], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11379, page consultée le 25 janvier 2026.
11 mars [1837], samedi, midi ¼
Jour, mon cher bien-aimé. Je t’aime, mon Loto. Je ne suis pas méchante, je ne suis que
triste. J’ai beaucoup d’amour et pas du tout d’humeur.
Je me suis couchée hier
avec le mal de tête, je me relève avec le mal de tête. Il est vrai que le temps est
singulièrement propice à ce genre de mal. Mon cher bien aimé, si je peux te voir
aujourd’hui un peu plus qu’hier, je serai très geaie et très heureuse. Cependant, si tes occupations ne te le permettent pas, je te
promets d’être très courageuse et très résignée. J’ai beaucoup mal aux yeux, je suis
sûre que c’est vous qui me l’avez donné, méchant petit homme, aussi je vous regarderai
à l’avenir de deux mauvais œils.
Je pense avec amour et
tristesse, mon cher adoré, au nouveau surcroît de travail que tu t’es imposé. Je me
consume en réflexions inutiles pour savoir si je n’ai pas un moyen de t’aider dans
cette circonstance. Pauvre cher bien-aimé, quelle tâche que la tienne, et quel fardeau
tu as pris en acceptant mon triste passé. Ce n’est certainement pas ton dévouement
qui
est cause de l’amour sans borne que j’ai pour toi, mais ma vénération profonde et
mon
admiration viennent de ta noble et généreuse conduite à mon égard.
Je te le
répète sans cesse parce que [je ?] sens ainsi que je voudrais donner ma
vie pour toi ou les tiens afina
d’avoir aussi mon coin de dévouement ; malheureusement pour moi, tu n’auras jamais
besoin de mon service, encore moins de ma vie, ce qui est un grand motif de
découragement pour moi.
Je t’aime trop. J’ai trop besoin de me consacrer à toi.
L’amour ordinaire ne suffit pas à tous mes besoins. Il me faudrait tous les genres
de
dévouement, et encore mon cœur déborderait du trop plein de son amour.
Que faire
en attendant ? T’aimer toujours et t’aimer encore, et laisser couler tranquillement
mon amour qui retourne sans cesse à mon cœur, comme le fleuve à la mer sans en avoir
perdu une goutte en route. Ainsi je fais et te baise mille et mille fois.
Juliette
a « à fin ».
« 11 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 265-266], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11379, page consultée le 25 janvier 2026.
11 mars [1837], samedi soir, 7 h. ½
Mon cher petit bijou d’homme, vous êtes mon Toto bien aimé. J’espère que vous ne me
ferez pas le chagrin inconsolable d’écrire d’autres vers que ceux déjà imprimés. Je
vous répète cette prière parce que je sens vraiment que ce serait pour moi un chagrin
des plus vifs et que je compte sur votre bonté ordinaire pour me l’épargner.
J’espère encore que demain à cette soirée vous aurez l’extrême bonté de venir me voir,
car je me tiendrai bien au fond de la loge et je vous promets de ne regarder et de
n’écouter que vous tout le temps que vous serez avec moi ; comme je vous promets de
ne
penser qu’à vous tout le temps que vous serez forcé de
passer loin de moi. Toujours : donnant, donnant.
Je t’aime, mon cher cher amour,
je t’aime de toute mon âme ; je n’ai que le désir de te plaire. Je donnerais les trois
quarts de ce qui me reste à vivre pour être sûre d’être aiméea de toi. L’autre quart, il est malheureux
que ça ne se puisse pas faire ainsi, il y a déjà long temps que j’aurais conclu le
marché.
Mon petit Toto chéri, je me tiendrai bien au fond de la loge et dans le
coin le plus noir, et avec le plus grand plaisir ; de ton côté tu seras bien loyal
et
bien honnête envers moi et tu viendras le plus possible dans ma loge1. Je te donne même une prime, celle de me faire
tout ce que la pudeur te permettra devant [ces ?] [les ?] deux femmes et
même au-delà, de me tâter tous les endroits connus et inconnus à ton choix. Enfin
je
me livrerai à toi corps et âme devant Dieu, devant les hommes et les femmes et les
demoiselles s’il y en a. En attendant je te baise toi, tes cheveux, ta bouche et ton
petit doigt.
Juliette
1 Le lendemain, Juliette ira voir la reprise de La Esmeralda (1836), opéra de Louise Bertin adapté de Notre-Dame de Paris, sur un livret de Victor Hugo.
a « aimé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
