15 mai 1873

« 15 mai 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 139], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2524, page consultée le 24 janvier 2026.

Est-ce encore bonne nuit, mon bien-aimé ? Bonne patte et bon amour aujourd’hui ? Alors vive la République ! Vive toi ! Vivent tous ceux que tu aimes et qui sont nécessaires à ton bonheur ! C’est avec cette pensée que je m’indulge et que je ménage mes vieilles douleurs pour durer le plus longtemps possible afin de ne pas trop t’attendre à la porte du paradis où j’arriverai avant toi. Ce mois de mai est beau mais raide. Les ouvriers prétendent que le vent en ce moment est plus froid que pendant les plus rudes hivers. Le fait est qu’il n’est pas tendre aux podagres de mon espèce.
Je t’envoie pour compléter ton déjeuner du jeudi des épinards sucrés et de la rhubarbe. Je te prie, en échange, de me donner de bonnes nouvelles de toi bien douces et bien tendres je les attends le cœur tout grand ouvert et tout âme dehors.


« 15 mai 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 140], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2524, page consultée le 24 janvier 2026.

Môsieu,
Donnez l’exemple en passant devant. Ma vieille patraquerie fait cet honneur à votre jeune bobo. Ordonnez à votre patte de courir la prétentaine1 et je vous promets de la suivre pas à pas, jusque dans les sentiers du vice ! Êtes-vous content, Môsieu ! Je reviens à mon mouton et à son pied. Il parait que tu lui as mis una emplâtre ? Il faut maintenant en attendre le bon effet qui ne tardera pas, je l’espère. Jusque là il faut te résigner à clopiner comme un simple mortel que tu n’es pas. Si j’osais, pour te faire prendre patience et mettre à mon profit ta séquestration forcée, je te prierais d’ajouter un autre chapitre de ton Quatrevingt-treizeb à mon ardente curiosité et à mon admiration éperdue. Mais je crains d’être indiscrète et d’avoir le sort d’un caniche égaré dans un jeu de quille. C’est égal je me risque, tant pis !


Notes

1 « Courir la pretentaine » : « faire sans cesse des escapades ».

Notes manuscriptologiques

a « une ».

b « quatrevingt-treize ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.

  • 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
  • 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
  • 12 juilletBlanche revient secrètement.
  • 21 juilletBlanche repart pour Paris.
  • 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
    Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne.
  • 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
  • 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
  • 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
  • 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
  • 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
  • 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.