24 janvier 1873

« 24 janvier 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 23], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2250, page consultée le 24 janvier 2026.

Qui donc, Injuste, vous a permis de vous lever avant le canon et avant moi ce matin ? Est-ce Saint Babylas1, est-ce Pologne, est-ce folie2 ? Répondez. Avec tout cela je n’ai pas eu ma pauvre petite ration de bonheur et il faut que mon cœur jeûne jusqu’à ce soir, c’est un peu dur de café ! Mais telle est ma faiblesse pour vous, môsieu, que je vous pardonne à la condition que vous ayez bien dormi toute la nuit.
Cher bien-aimé, je ris avec toi parce que je te sais moins tourmenté de ton petit Victor3 et parce que tu as reçu de bonnes, de charmantes et d’attendrissantes nouvelles de tes adorables petits-enfants ; et puis aussi parce que je voudrais effacer en toi, mon pauvre trop aimé, le souvenir de la triste et douloureuse hallucination que j’ai eue hier sur le palier de la salle à manger. Ce n’est pas la première de ce genre que j’ai éprouvée depuis quelque temps mais j’espère, cette fois, que ce sera la dernière car j’ai tant prié Dieu pour cela et j’ai tant appeléa nos chères âmes de là-haut à mon secours que j’espère que rien ne troublera plus la paix de nos cœurs jusqu’à notre mort. Vois-tu, mon cher bien-aimé, je voudrais que nous arrivassions tous les deux ensemble devant Dieu les âmes enlacées et la tête nimbée de l’amour incorruptible et divin. Je sais mal traduire ce que je sens mais tu dois bien voir que je t’aime d’un amour incomparable, parfait et sublime. Je te vénère, je te bénis et je t’adore.


Notes

1 Évêque d’Antioche vers 231, mort en 251. On le fête le 24 janvier.

2 Cette expression, dont le sens n’est pas élucidé, pourrait jouer sur la connotation de l’ivresse que la sagesse populaire associe à la Pologne.

3 François-Victor Hugo, malade.

Notes manuscriptologiques

a « appellé ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.

  • 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
  • 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
  • 12 juilletBlanche revient secrètement.
  • 21 juilletBlanche repart pour Paris.
  • 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
    Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne.
  • 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
  • 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
  • 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
  • 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
  • 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
  • 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.