« 1 janvier 1868 » [source : BnF, Mss, NAF 16389, f. 1], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4023, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 1er janvier 1868, mercredi matin, 8 h.
Je te remercie, mon grand bien-aimé, de me mettre de moitié dans ta prière à Dieu quand tu lui demandes de ne pas nous séparer ni dans la vie ni dans la mort. C’est ma prière de tous les instants, l’aspiration de mon cœur et la foi de mon âme. Je ne suis pas une femme dévouée, mon sublime bien-aimé, je suis une femme qui t’aime, qui t’admire et qui te vénère. Vivre près de toi, c’est le paradis. Mourir avec toi, c’est la consécration de notre amour pour l’éternité. Je veux vivre et mourir avec toi. Je le demande à Dieu comme tu le lui demandes. J’espère qu’il nous exaucera tous les deux. Je sens comme toi, mon cher bien-aimé, que nos deux chères âmes planent au-dessus de nous, qu’elles veillent sur nous et qu’elles nous bénissent. Je les associe à toutes mes pensées, à toutes mes douleurs et à toutes mes joies et je mets ma prière sous leurs ailes pour qu’elles les portent aux pieds de Dieu. Je les bénis comme elles me bénissent, avec ce que j’ai de plus doux et de plus saint et de plus sacré dans l’âme. Je m’interromps presque à chaque ligne pour relire mon adorable petite lettre1 que je sais pourtant déjà par cœur. Je la baise, je lui parle, je l’écoute et puis je recommence et je t’adore.
1 La voici : « Un beau soleil se lève en ce moment
sur le dernier jour de l’année qui finit, et demain notre amour se lèvera sur le
premier jour de l’année qui va commencer. Nous avons dix-sept ans d’exil et
trente-quatre ans d’amour, juste le double. Et grâce à l’amour, ô mon doux ange, il
n’y a pas eu d’exil. Tu as été pour moi une patrie. Tu as mis ton rayon dans ma
solitude. J’ai fait mon devoir appuyé sur ton dévouement. S’aimer, quelle force !
c’est là toute la lumière des anges. Ce mot me fait penser à ta fille et à la
mienne. Pendant que j’écris, elles se penchent et lisent ces lignes par dessus mon
épaule, et il me semble que je sens leur souffle céleste. Ô nos anges, veillez et
priez avec nous ! Vous savez, vous qui êtes dans l’infini, ce qui guérit et ce qui
bénit, donnez-nous-le. Je demande tout à Dieu pour toi, ma bien-aimée, et qu’à toute
heure, en tout lieu, il nous laisse nous envoler ensemble. Mon espérance c’est toi ;
mon éternité étoilée a ton beau regard mêlé à sa lumière. Vivre où tu vivras, mourir
quand tu mourras, partager ta résurrection radieuse, voilà mon espoir et mon vœu
profond. Je t’aime ! »
Lettre de Victor Hugo à Juliette Drouet du
31 décembre 1867, envoyée le 1er janvier 1868 (éditée
par Jean Gaudon, ouvrage cité, p. 249).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Mme Hugo, devenue presque aveugle, meurt à Bruxelles peu après la naissance de son second petit-fils. Depuis quelques mois, Juliette était invitée aux fêtes familiales, et lui faisait la lecture.
- 29 janvierHernani est joué au Royal Theatre de Jersey.
- 31 janvierHernani est joué au Théâtre Royal de Guernesey.
- 14 avrilMort de Georges, petit-fils de Victor Hugo.
- 27 juillet-9 octobreSéjour à Bruxelles.
- 16 aoûtNaissance de Georges, fils d’Alice et Charles Hugo, qui lui donnent le prénom de leur premier-né mort quatre mois plus tôt.
- 27 aoûtMort d’Adèle, femme de Victor Hugo, à Bruxelles. Hugo accompagne son cercueil jusqu’à la frontière.
