« 6 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 23-24], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11019, page consultée le 24 janvier 2026.
6 janvier [1837], vendredi, midi ¾
Bonjour, mon bon petit homme. Je vous aime bien, beaucoup ce matin. Je croyais
d’après les belles promesses que vous m’aviez faites cette nuit que vous alliez
revenir. Ah ! ben ouiche on m’en souhaite et puis voilà
tout. Au reste c’est bien fait, j’ai passé une très mauvaise nuit. Allez, ça vous
apprendra à ne pas venir.
J’en suis bien aise et une autre fois même je crèverai
pour de bon exprès pour vous punir. Il paraît qu’il dégèle jusque sur les toits. Je
voudrais bien que cela parvînt jusque dans votre cœur et sous mes couvertures.
J’ai très mal à la tête et aux reins. Il est possible que je reste au lit toute la
journée, ne vous ébouriffez pas si vous m’y trouvez.
Je vous aime comme tout ce
qu’il y a de plus fort, de plus gros et de plus grand au monde et vous en rendez (de
l’amour) comme pour un hanneton poitrinaire. C’est pas
beaucoup de dessert. Quoi qu’il en soit je persiste dans mes sentiments. Je vous aime,
je vous adore, je vous baise, je vous tutoie et je suis
furieuse. Tu es une vieille ganache, pas autre chose.
Juliette
« 6 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 25-26], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11019, page consultée le 24 janvier 2026.
6 janvier [1837], vendredi soir, 6 h. ¾
Mon cher adoré, j’ai attendu jusqu’à présent pour t’écrire, ne pouvant ni parler,
ni
respirer cependant au milieu de l’extinction de toutes mes facultés au moins
physiquesa ou morales. Il y en a
une qui reste vigoureuse et entière : Monamour et qui me donne la force de t’écrire que je t’aime,
que tu es ma joie, que tu es mon trésor, que tu es tout ce qui me tient à la vie dans
ce monde et toute mon espérance dans l’autre.
Jour, Toto, quoique bien souffrante je veux
encore [riser ?] avec vous : Jour Oto, jour petit To, jour mon grand
O. C’est bien bête d’être malade, c’est bien
bon de t’aimer. Je t’aime, avec cela je nargue tous les maux de tête et autres qui
me
[pleuvent ?] sur le corps et quand je serai au fameux article indéfini c’est-à-dire à la mort1 je te dirai
encore, jour Toto, je t’aime mon amour, je t’aime mon
ravissant petit homme, je t’aime mon grand, mon noble, mon ravissant Toto. Et je te
baiserai avec la même ardeur que la première fois.
Juliette
1 Jeu de mots sur l’expression « être à l’article de la mort ».
a « phisiques ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
