« 8 juin 1854 » [source : BnF, Mss, NAF 16375, f. 221-222], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1615, page consultée le 26 janvier 2026.
Jersey, 8 juin 1854, jeudi après-midi, 1 h.
Je voudrais pouvoir t’obéir, mon cher petit bien-aimé, mais j’éprouve une répugnance insurmontable à sortir seule. Aujourd’hui peut-être ne serait-ce pas prudent car j’éprouve des étourdissements qui pourraient me gêner hors de chez moi.
3 h.
Je persiste plus que jamais dans ma résolution, nous verrons lequel de nous deux aura
raison de l’autre. En attendant, tu cours la ville et les champs en compagnie de ton
fils… Ma discrétion ne me permet pas de nommer les autres ; et puis les maisons s’y
opposent. Je viens de voir le père Durand
auquel j’ai remis 4 circulaires plus deux cent vingt-cinq francs à Suzanne à convertir en argent français. Il m’a dit
qu’il venait de rencontrer ton fils Victor1 qui lui avait
demandé s’il t’avait vu ? Le bonhomme n’est resté que quelques minutes, il ignorait
la
maladie de Cauvet qu’il attribue à la
fameuse soûlerie de lundi soir. Ce qui est bien probable, du reste je viens de voir
passer le Fulbert bras dessus bras dessous
avec le faux beau-fils hongrois. Tous les deux paraissaient fort gais. Quelle quea soit la perversité de l’un et la
niaiserie de l’autre, il me paraît difficile qu’ils manifestent une si bonne humeur
à
la porte de Cauvet si ce pauvre diable allait pire.
Mais je te parle d’un tas de
choses que tu sais mieux que moi ; tout cela pour ne pas te dire que je te crois en
promenade avec Mme Téléki, que je pense
avec un serrement de cœur que je ne te reverrai pas ce soir et que je trouve que tu
en
prends bien aisément ton parti. Mais j’ai beau tirer sur les billevesées et tâcher
de
les allonger jusqu’au bout de mon gribouillis, il me reste encore trop de place pour
te dire mes jalousies insensées, mon amour ridicule et mes tendresses grotesques.
Juliette
a « quelque ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage deux fois, à Plaisance-Terrace, puis au Hâvre-des-Pas.
- JanvierHugo milite pour empêcher l’exécution à Guernesey de l’assassin Tapner, en vain.
- 14 janvierHugo fait répéter Mlle Grave, qui interprètera le rôle de la Reine dans le Ruy Blas qui va être donné à Jersey. Juliette est jalouse.
- 16 janvierReprésentation de Ruy Blas à Jersey.
- 10 févrierExécution de Tapner.
- 11 févrierHugo écrit une lettre à Lord Palmerston pour protester contre l’exécution de Tapner.
- 28 aoûtHugo fait une excursion à Serk.
- Entre le 2 et le 8 octobreJuliette s’installe à Plaisance-Terrace.
- Entre le 12 et le 14 décembreJuliette déménage à la Maison du Heaume, au Hâvre-des-Pas.
