« 11 octobre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 39-40], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8778, page consultée le 27 janvier 2026.
Jersey, 11 octobre 1852, lundi soir, 8 h.
Il ne m’est pas difficile de retrouver à douze heures de distance, mon cher bien-aimé, les mêmes sentiments d’ineffable tendresse et d’adoration qui sont en permanence dans mon cœur depuis le premier moment où je t’ai vu1. Seulement ma confiance à te les dire varie selon que je me crois plus ou moins aimée ; de là viennent souvent les omissions volontaires de mes informes gribouillis. Aujourd’hui, j’avais le cœur si navré de tristes souvenirs que j’avais pris la résolution de ne pas t’écrire dans l’espérance de pouvoir te les cacher par ce moyen. Ton arrivée inattenduea a dérangé cette misanthropique résolution. Loin de m’en plaindre, tu vois que je saisis avec empressement le prétexte de me départir de cette affreuse rigueur envers moi-même et je te remercie avec reconnaissance de me l’avoir donné. Maintenant, mon bien-aimé, laisse-moi te dire que dans mes désespoirs rétrospectifs, il n’entre aucune colère et aucune rancune contre toi. Je t’ai pardonné dès le premier moment de cette cruelle révélation mais il m’est impossible de ne pas souffrir jusqu’à la mort chaque fois que ma pensée rencontre ces douloureux souvenirs. Si j’étais sûre de ne pas les retrouver après ma mort et de faire qu’ils n’aient jamais existé, il y a longtemps que je me serais hâtée de m’en délivrer tant ils me font horreur. Quant à toi, mon bien-aimé, je te bénis jusque dans le mal que tu m’as fait et je prie Dieu de t’épargner dans tes saintes affections de famille et de t’aider dans l’œuvre sublime de dévouement que tu as entreprise.
Juliette
1 Lors des répétitions de Lucrèce Borgia au théâtre de la Porte Saint-Martin en janvier 1833.
a « inatentue ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
