« 19 juin 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 147-148], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8575, page consultée le 23 janvier 2026.
Bruxelles, 19 juin 1852, samedi après-midi.
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour du milieu de toute ma podagrerie1. Je crois que tu auras bien de la peine à me faire sortir aujourd’hui
car il m’est impossible de me tenir sur les pieds. Pour peu que cela continue dans
la
même progression depuis hier je serai tout à fait percluse ce soir de tous mes membres
à la fois. Cela n’est pas précisément drôle et je commence à m’en affecter plus encore
pour toi que pour moi. Pauvre bien-aimé, quel fardeau pour toi et quel embarras, mon
Dieu au moment de partir que celui de m’avoir malade et paralytique. D’y penser mon
cœur se serre et mes yeux se mouillent. Oh j’aime mieux mourir tout de suite que de
t’imposer cet affreux devoir de soigner mes infirmités. Cher adoré, je suis dans une
disposition d’esprit qui se ressent naturellement des souffrances multipliées que
j’endure depuis quelques jours. Je te supplie de ne pas y faire attention.
Voici
Suzanne qui me rapporte les instructions
d’Yvan avec les globules. Il me mande
dans sa lettre que le temps m’est peu favorable. Je le sens, du reste, puis il a dit
à
Suzanne que le climat de la Belgique m’était tout à fait contraire, ce que je savais
déjà par expérience. Il est vrai que celui de Jersey ne me sera pas plus favorable
mais là n’est pas la question. Pourvu que tu sois en sûreté et que le bon Dieu me
prenne avant que je te sois devenue un objet d’ennui et de dégoût, je suis heureuse
et
je me résigne à toutes mes vieilles maladies. En attendant, mon doux adoré, je t’aime
autant et plus encore si c’était possible que lorsque je suis bien portante.
D’ailleurs je vais me guérir bien vite. Je le veux, ne fut-ce que pour avoir le droit
de te faire enrager plus longtemps. Cher petit homme, vous voyez bien que je ris et
que petit Juju vit encore.
1 Mot forgé sur podagre, personne atteinte de la goutte.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
