6 mars 1852

« 6 mars 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16370, f. 179-180], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8517, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour toi que j’aime, bonjour le meilleur et le plus charmant des hommes, bonjour, je t’adore. J’ai été bien heureuse hier mon doux bien-aimé quand tu es revenu auprès de moi. Je n’osais pas l’espérer mais tous mes désirs et tout mon cœur étaient tournés vers toi. Que tu es bon, mon Victor, d’avoir quitté toutes ces distractions du monde, toutes les satisfactions d’amour-propre que te donnenta ta renommée et ta beauté pour apporter la joie et le bonheur à l’humble femme qui t’aime plus que tout au monde, plus que sa vie. Merci, mon bien-aimé, merci avec toute la reconnaissance et toutes les bénédictions de mon âme. Ne crains rien de moi, mon Victor adoré, l’amour en me donnant tous les dévouements m’a donné aussi toutes les prudences. Outre l’éloignement naturel que j’ai pour tout ce qui ressemble à la perfidie, de quelque nature qu’elle soit, je sais tout le danger d’un mot dit de trop ou à côté. C’est ce qui me fait fuir sans affectation certaines accointances équivoques. Quant à toi, mon bien-aimé, je ne veux pas te gêner et si tu crois que tu peux sans inconvénient pour ta dignité et pour ta gloire user impunément de certains plaisirs fais-le car dès que je crois que tu regrettes quelqu’un ou quelque chose à cause de moi je suis si triste et si malheureuse que tout vaut mieux que cette pensée. Va rue des Cailles, rue du Persil et chez la Fauqueberg si cela t’amuse en somme ou pèche autant par le désir que par l’action brutale je te croirai aussi bien infidèle par le regret que par l’assouvissement. Mon Victor, je suis triste et honteuse de prolonger mon amour au delà du tien. Je t’assure que ce n’est pas de ma faute et que j’ai bien souvent désiré mourir pour t’épargner cet ennui, mais les femmes ont la vie dure. C’est là leur moindre défaut1.

Juliette


Notes

1 Citation parodique de « La Cigale et la Fourmi » de La Fontaine.

Notes manuscriptologiques

a « donne ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.

  • 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
  • 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
    Charles, puis François Victor, rejoignent leur père.
  • 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
  • 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
  • 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
  • 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
  • 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
  • 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
  • 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.