« 14 juin 1847 » [source : MVH, α 7920], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3736, page consultée le 24 janvier 2026.
14 juin [1847], lundi matin, 8 h.
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon cher petit homme adoré, bonjour, beau discours, beau
succès et tâchez de ne pas en abuser pour incendier les FAUMES qui vous entendront. Moi j’irai toujours vous chercher, au risque de
revenir sans vous car il est peu probable que vous soyez libre tout de suite après
la
séance. Encore un bonheur qui me passera devant le nez comme tous les autres. Mais
je
ne veux pas me plaindre aujourd’hui parce que je sais bien que tu ne peux pas faire
autrement. Je réserve mes grogneries pour une meilleure
occasion.
J’ai vu M. Vilain hier et
puis Mlle Féau
et sa sœur, mais je n’ai pas eu le courage d’en rire avec mes péronnelles parce que
ces pauvres femmes étaient fort tristes, elles venaient de chez leur cousin qui
s’était asphyxiéa la veille. Et
quoique je ne connaisse pas cet homme, la tristesse en pareil cas est communicative
et
j’étais tout attristée malgré moi. J’aurais bien désiré que tu vinssesb faire une douce diversion à cette
maussade conversation.
Quand te verrai-je aujourd’hui, mon Toto ? Pas avant
l’heure d’aller à la séance probablement. Je tâcherai dans ce moment-là de prendre
de
toi plein mes yeux, plein mes lèvres, plein mon cœur et plein mon âme. En attendant
je
vais faire mon petit train-train de ménage et votre tisanec. Baisez-moi.
Juliette
a « asphixié ».
b « vinsse ».
c « tisanne ».
« 14 juin 1847 » [source : MVH, α 7921], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3736, page consultée le 24 janvier 2026.
14 juin [1847], lundi après-midi, 4 h.
Allons, bon, voilà qu’il pleut. Quel ennui, je ne sais pas comment je vais faire pour
me chausser et pour porter cet affreux parapluie qui pèse plus de trente livres. Il
faut que je me déshabillea de
fond en comble, ce qui va me retarder au moins d’une demi-heure. Tout cela ne serait
rien si je ne souffrais pas du pied si effroyablement que la seule pensée de mettre
une chaussure pour la pluie me fait frémir. Comme tout cela est intéressant pour toi !
et comme je prends bien mon temps pour te dire toutes ces belles choses. C’est
toujours ma vieille habitude qui revient de te rabâcher tous mes ennuis, croyant te
parler. Cher adoré bien-aimé, mon amour, où en es-tu de ton discours ?1 Quoi que tu en dises je suis sûre
que tous ces vieux racornis se seront laisséb émouvoir et éblouir par tes admirables paroles. Fussent-ils
trois fois plus empaillés qu’ils ne le sont, leurs vieux cœurs se seront réveillés
à
tes sublimes idées.
Quant à moi je regretterai toujours de ne t’avoir pas
entendu et j’attends Le Moniteur avec une impatience facile
à comprendre. Je suis même très capable d’envoyer acheter un journal du soir. Si tu peux m’assurer que j’y trouverai ton discours
aujourd’hui. D’ici là je vais me dépêcher d’aller t’attendre à Saint-Sulpice avec
l’affreuse crainte de ne pas t’y trouver.
Juliette
1 Victor Hugo prononce ce jour-là un Discours sur la famille Bonaparte à la Chambre des Pairs.
a « déshabilles ».
b « laissés ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
