« 11 août 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 25-26], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1541, page consultée le 25 janvier 2026.
11 août [1846], mardi après-midi, 2 h. ¾
Je suis seule, mon adoré, et pour ne pas me laisser aller à la tristesse affreuse qui me poigne depuis ce matin, je t’écris en attendant l’heure d’aller te retrouver. Eugénie doit être malade puisqu’elle n’est pas venue malgré le désir qu’elle avait d’aller voir cette pauvre enfant1. Eulalie, ses deux nièces et Suzanne, sont parties ensemble. Tu as bien fait de t’opposer à ce que j’allasse avec elles. Je le sens de plus en plus. Le cœur m’aurait manqué. Je n’aurai de courage qu’avec toi. Aussi, dès que je m’en sentirai la force, je te prierai de m’y conduire. D’ici-là, il faut que je me résigne et que je m’habitue petit à petit à la mort de ma pauvre bien-aimée fille. Ce matin j’ai été à la messe. Tout à l’heure je serai dans la dernière église que nous avons visitée avec toi. Ce sera triste et doux comme tous les souvenirs que j’ai conservés d’elle. J’espère que le bon Dieu ne me l’a reprise que pour la rendre plus heureuse. Je me le dis à tous les instants de la journée pour me donner du courage et de la résignation. Et puis je pense à toi si bon, si doux, si dévoué, si grand, si noble et si charmant, et je suis consolée et je crois en Dieu, et je vois mon pauvre ange qui me sourit dans le ciel et mes larmes se sèchent, et je suis heureuse et je t’adore. Sois béni, mon Victor bien aimé, pour tout le bien que tu fais, pour tout le mal que tu empêches, pour tous les cœurs qui souffrent et que tu consoles, pour moi dont tu as racheté le corps et l’âme. Sois heureux dans tes beaux et bons enfants à présent et toujours. Je voudrais leur donner dès à présent, ainsi qu’à toi, ma part de paradis pour en faire des joies et du bonheur en ce monde.
Juliette
1 Voici un mois que Claire a été enterrée au cimetière de Saint-Mandé.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
