« 8 juin 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 137-138 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2188, page consultée le 26 janvier 2026.
8 juin [1846], lundi matin, 7 h. ¾
Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour mon Victor adoré, bonjour, mon âme à toi. La nuit a été moins mauvaise que je ne m’y attendais et ce matin cette chère enfant est plus calme. Le médecin qui l’a vue en a été plus content qu’hier. Pauvre enfant. J’ai fait hier, à son intention, le plus grand et le plus pénible des sacrifices en ne te reconduisant pas. Le bon Dieu devrait me tenir compte de ce sacrifice, le plus grand et le plus douloureux que je puisse m’imposer, en guérissant cette chère enfant. J’ai la tête si malade que je ne peux même pas t’écrire ce que j’ai dans le cœur. Tout ce que j’éprouve de plus tendre et de plus passionné souffre de la privation de te voir au point de ne pouvoir sortir de mon cœur que sous la forme de la plainte et de la douleur. Je suis triste au delà de toute expression, encore un peu et je perdrai la raison. Je sens que je divague en t’écrivant. Ma pensée est à l’état de rêve atroce et par moment je fais des efforts comme pour me réveiller, c’est dans le moment où je t’écris. Ô mon Victor adoré, comment tout cela finira-t-il ? Et qu’est-ce que le bon Dieu me réserve après de si terribles épreuves ? J’ai bien mal à la tête. Je devrais peut-être m’abstenir de t’écrire mais mon cœur a tant besoin de s’épancher que je n’y résiste pas. Ne t’effraye pas des troubles et peut-être de la déraison que tu vois dans mes pauvres idées. Ce n’est rien qu’un peu de fatigue causée par le peu de sommeil et surtout par l’inquiétude. Si je pouvais te voir et si ma fille allait mieux, tout cela se calmerait tout de suite. J’espère que tu viendras aujourd’hui, mon bien-aimé. Si je ne te vois pas, le peu de raison et de courage qui me restent s’en iront peut-être pour toujours. Tu ne sais pas combien j’ai le cœur et la tête malades, et tu ne sais pas non plus combien ta douce vue me donne de consolation et de force. Tâche de venir, mon bien-aimé, par pitié pour moi et pour cette pauvre enfant qui a plus besoin que jamais de mes soins. Je t’attends, mon Victor, avec un cœur plein d’amour et de reconnaissance. D’ici-là je vais faire des efforts surhumains pour ne pas me laisser aller au découragement et à la tristesse. Pour cela il faut que j’espère te voir. Il faut que je ne pense qu’à toi et que je t’aime, ce qui ne m’est pas difficile et ce que je fais depuis le premier jour où je t’ai vu.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
