30 octobre 1835

« 30 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 64-65], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9580, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon pauvre petit Toto, bonjour, mon cher petit homme. Sans doute tu auras encore travaillé cette nuit jusqu’à tomber de fatigue et c’est à cause de cela que je ne t’ai pas vu ce matin.
Pauvre cher Toto, il m’est impossible d’approuver cet excès de dévouement. Il m’est impossible aussi de n’être pas triste et tourmentée en songeant que tu exposes toutes les nuits ta santé et notre bonheur.
Je me suis réveillée plusieurs fois cette nuit et chaque fois en pensant à toi et en désirant que tu fusses couché et endormi avec ma pensée en rêve. Je serai bien contente si tu as réalisé une partie de mes désirs.
J’ai encore bien mal à la tête ce matin et bien mal à l’estomac et aux entrailles. Il est probable que tous mes maux viennent de l’affreux ordinaire que cette fille me fait faire depuis huit jours et du mauvais sang et des impatiences qu’elle me donne. Heureusement que c’est aujourd’hui le dernier jour1. Ouf.
Mon bon petit homme chéri, je ne sais pas si j’aurai le bonheur que tu viennes de bonheur2 aujourd’hui mais dans tous les cas, je ferai mon possible pour n’être pas inquiète ni jalouse et que je t’aimerai de toutes les forces de mon âme.

Juliette


Notes

1 Juliette a donné congé à sa bonne pour ivrognerie.

2 Jeu de mots peut-être volontaire.


« 30 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 66-67], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9580, page consultée le 25 janvier 2026.

Mon bon petit Toto, je viens de lire ce que tu m’as donné à présent et il se trouve que c’est justement ce que je pense et ce que je sens que ces gens-là expriment. Seulement, moi, j’y ajoute de l’amour, ce qui ne gâte rien à l’admiration.
Pauvre cher petit bien-aimé, tu avais l’air très triste et préoccupé ce soir. Tu m’as dit que c’était les souvenirs de ce pauvre jeune homme qui t’attristaienta, mais moi je crains que ce ne soit la fatigue de cette nuit, ce qui m’inquiète plus que je ne te le laisse voir. Aussi je voudrais pouvoir vivre avec 4 sous par jour pour t’épargner cet affreux travail de toutes les nuits. C’est pourquoi je suis si indignée contre ces horribles créatures1 qui viennent dans ma maison sous prétexte de la nettoyerb et de la ranger ; voler, détruire et ronger comme d’immondes rats toutes nos économies, et tout le fruit de tes veilles. Je voudrais pouvoir les empoisonner avec des boulettes comme des animaux infects qu’elles sont.
Pauvre cher petit Toto, je t’aime de toute mon âme. Je voudrais bien te voir. Je serai bien heureuse et bien ravie si c’est tout de suite. Le garçon épicier est venu et ma soûlarde est toujours soûle.

Juliette


Notes

1 Usuriers et autres créanciers à qui elle doit encore de l’argent.

Notes manuscriptologiques

a « t’attristait ».

b « nétoyer ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.

  • 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
  • 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
  • 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
  • 17 octobreLes Chants du crépuscule.
  • 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.