« 4 août 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 107-108], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12094, page consultée le 23 janvier 2026.
4 août [1845], lundi matin, 11 h.
C’est encore moi, mon doux aimé, il faut bien que je tâche de doubler la distance qui nous sépare sans trop d’impatience. C’est pour cela que j’ai recours si souvent dans la journée à mes gribouillis. Je n’ai pas besoin de te dire que tu n’es pas tenu de les lire, cela va plus que sans dire. Je ne les fais que pour tromper mon impatience et pour avoir l’occasion de dire quelque part que tu es mon bien-aimé adoré que j’attends et que je désire de toutes mes forces. J’espère, mon cher petit homme, que tu vas toujours de mieux en mieux ? Ce temps hideux n’est pas sans me donner de l’inquiétude à ce sujet, mais je compte sur ta prudence et sur les soins dont tu es entouré. Je voudrais être à tantôt pour être bien sûre que tu vas aussi bien que tu me le dis. Il y [a] encore bien longtemps d’ici là. Je vais te faire ton eau. Depuis que tu es souffrant, je n’ai pas cessé un jour de la faire. Il me semblait que je n’étais pas aussi sûre de ne pas te voir en la faisant que si je ne l’avais pas faite. C’était une espèce d’espoira et une consolation que de m’occuper à une chose qui ne devait même pas te servir. N’est-ce pas que je suis bien bête et que je t’aime trop ?
Juliette
a « un espèce d’espoir ».
« 4 août 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 109-110], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12094, page consultée le 23 janvier 2026.
4 août [1845], lundi après-midi, 1 h.
Tu me demandes si j’ai été bien triste1, mon Toto chéri, pendant les affreux jours de ton
absence ? Rien que le souvenir m’en donne mal à la tête et me serre le
cœur. Ainsi, juge combien j’ai souffert et quelle amère et profonde
tristesse j’ai euea à
combattre pour arriver jusqu’à aujourd’hui. La présence même de ma
pauvre Claire n’aurait pas été
une diversion si je n’avais pas eu l’espoir de te voir aujourd’hui.
Mon Victor adoré, mon bien-aimé, ma vie, ma joie, mon bonheur, je
ne veux plus penser qu’au bonheur de te voir tantôt. Je sais bien que
cet instant de suprême félicité sera très court, mais j’ai tant besoin
de te voir que je donnerais des années de ma vie pour abréger les heures
qui me restent encore pour arriver jusqu’à lui. À quelque heure que tu
arrives, mon cher adoré, je serai à mon poste. Je veux ne pas perdre le
bruit de la voiture qui t’amènera. La seconde d’intervalle qui sépare ma
porte de la rue, je serai là en [illis.]. Mais ne crains pas que j’attire
l’attention. Car, à l’exception de la vieille propriétaire qui reste sur
le devant, tout le monde est de plus en plus partib à la campagne.
Je
te remercie de tout ce que tu me dis d’obligeant de ma pauvre grande
fille. Malheureusement ces compliments plus ou moins mérités ne
suffisent pas pour faire une femme capable et sérieuse. J’espère qu’elle
y viendra petit [à petit] mais elle
[a] encore bien du chemin à faire. Tu as dû voir
son père. Je compte sur toi pour lui avoir parlé d’elle si l’occasion
s’en est offerte.
Merci, mon Victor adoré, bien aimé et bien
désiré. À tout à l’heure. Je te baise comme je t’aime.
Juliette
1 Victor Hugo écrit à Juliette Drouet ce 4 août 1845 : « Lundi 10 h. du m. / Comment vas-tu, ma pauvre Juju bien aimée ? Comment as-tu passé la nuit ? Et ces tristes jours où tu ne m’as pas vu, comment les as-tu passés ? Comme moi, n’est-ce pas, bien tristement. Pourtant tu as eu ta Claire, et je me suis réjoui en songeant que ce serait une joie pour toi, et un rayon dans cette nuit du cœur où nous sommes en ce moment, hélas ! / Aujourd’hui je te verrai, et j’ai l’âme presque heureuse en y songeant, mais que ce sera court, et que ces instants-là sont peu de chose après ces éternelles journées qui se traînent sans lumière, sans soleil, sans bonheur, sans toi ! Il me faudrait de longues heures, de bien longues heures près de toi, mon ange, pour étancher un peu la soif que j’ai de te voir, de t’entendre, de te parler. / Attends-moi donc aujourd’hui, je viendrai peut-être de meilleure heure que l’autre fois, je continue d’aller bien. Oh ! quand serai-je tout à fait libre ! Quand pourrai-je reprendre cette douce habitude d’être à toi qui es ma vie ! Je t’aime, mon doux ange béni. J’ai le cœur plein de toi. Varin est venu me voir hier soir, il m’a dit de Claire tout le bien possible. Il était enchanté d’elle, je le crois bien ». (édition de Jean Gaudon, p. 135).
a « j’ai eu ».
b « partie ».
« 4 août 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 111-112], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12094, page consultée le 23 janvier 2026.
4 août [1845], lundi soir, 5 h. ½
Tu ne m’as pas dit toute la vérité, mon Toto. Tu devais, soi-disanta, rentrer tout de
suite chez toi et tu as donné ordre au cocher d’aller à l’Imprimerie
Royale. Ce petit incident me trouble et me tourmente plus que je ne
voudrais. Je te crois incapable de me tromper. Aussi j’espère que ce
n’est qu’un malentendu entre nous d’eux, une restriction involontaire de
ta part. Vois-tu, mon pauvre adoré, pour que je puisse supporter ton
absence et l’isolement absolu dans lequel je vis, il me faut une foi
entière dans ton amour et dans ta loyauté. Ainsi, ce pauvre petit moment
de bonheur si chèrement acheté est-il bien [illis.] par l’incident de tout
à l’heure. Je ne peux pas m’empêcher de pleurer en y songeant.
Quand te verrai-je maintenant ? Dans trois jours peut-être ? Vraiment je
crois que je jetterai le manche après la cognée. Dire que tout le
mauvais de la vie est pour moi et que rien de ce qui réjouit le cœur et
l’âme n’est pour moi, c’est pour en devenir folle. Il faut que je me
crée des joies avec un quart d’heure d’entrevue tous les trois jours. Et
encore, ces joies sont-elles traversées par d’affreux doutes. Vraiment
cela ne vaut pas la peine de tant souffrir. Quelle vie que la mienne,
mon Dieu. Je ne crois pas que personne au monde serait tenté de changer
avec moi. Quel supplice atroce en échange de l’amour le plus pur qui ait
jamais existé.
Juliette
a « soit disant ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
