« 18 avril 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 57-58], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11671, page consultée le 24 janvier 2026.
18 avril [1844], jeudi soir, 5 h. ½
Tu es bien bon, mon adoré, d’avoir remplacé par une charmante matinée le trop court
moment que tu aurais pu me donner cette nuit. Certainement, si j’avais pu deviner
ta
bonne intention, je ne me serais pas autant affligée de ton absence. Mais je ne suis
sorcière que par les cheveux, ce qui ne suffit pas pour me
donner le don de la divination à un degré suffisant. Cependant, mon Toto, je ne veux
pas que vous croyez que cette fois-ci compte et celle de
l’autre jour non plus. Il faudra même que vous veniez trois fois pour les deux que
vous me devez ; sinon, j’y perdrais et j’y mettrais trop du mien. N’oubliez pas non
plus de me solder ma culotte très prochainement
ou j’irai la réclamer à votre oncle. J’espère qu’il fera honneur aux dettes de son
neveu le plus Hugo parmi les Hugo. En attendant, je reste à voir tourner mon ombre
sur
mes pieds, ce qui n’est pas absolument drôle quand cela se prolonge indéfiniment.
Taisez-vous, vilain O… Je finis par ne plus vous
croire du tout, taisez-vous.
Je viens d’envoyer chez Mme Pierceau1 ; tant que cette pauvre malheureuse respirera,
ce sera un devoir d’y envoyer. Hélas ! La pauvre créature ! Le bon Dieu est bien lent
à terminer ses souffrances. On ne peut pas y penser sans se sentir le cœur navré.
Pauvre pauvre femme, c’est trop souffrir. Je remercie le bon Dieu, mon Victor adoré
de
ce qu’il te donne la santé. Qu’est-ce que je deviendrais si jamais tu étais malade
sérieusement ? Je ne veux pas y penser car cela me serre le cœur d’avance. Aieabien soin de toi, mon Victor ; en prenant
soin de ta santé, tu prends soin de mon bonheur et de ma vie. Penses-y bien, mon
Victor bien adoré. J’espère que tu ne me feras pas payer mon bonheur de ce matin par
celui de ce soir et que tu viendras tout à l’heure ? Dépêche-toi, mon Toto, j’ai de
bons baisers bien tendres à te donner.
Juliette
1 L’amie de Juliette agonise.
a « aies ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
