« 26 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 221-222], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11619, page consultée le 25 janvier 2026.
26 février [1844], lundi matin, 11 h.
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour mon adoré petit homme, comment vas-tu ce
matin ? Comment vont tes pauvres yeux ? Je n’ai pas voulu t’en parler hier mais je
me
suis bien aperçuea qu’ils étaient
bien fatigués. Je n’ai pas osé te prier de ne pas augmenter leur fatigue parce que
je
savais d’avance que ma prière ne serait pas écoutée et puis parce que je craignais
d’augmenter ton mal en t’en parlant. J’aurais dû même ne pas t’en écrire mais le moyen
de garder le silence absolu sur ce qui vous intéresse plus que votre vie ? Pour moi
je
n’ai pas cette force, je t’en demande pardon mon adoré.
Le temps est encore bien
noir aujourd’hui. Je suis bien enrhumée, cependant si j’osais je te prierais de me
conduire chez cette pauvre Mme Pierceau1. Je me reproche
tous les jours de n’y pas aller, je trouve que c’est une mauvaise action dont je me
rends complice en ne te forçant pas à m’y conduire. Je crains que le bon Dieu ne me
fasse expier chèrement un jour l’amour trop exclusif que je t’ai voué. Je sais bien
que tu travailles mais tu pourrais si tu voulais et sans te déranger m’y conduire
en
même temps que tu vas aux Champs-Élysées, chez M. de Ségur ou de Girardin. Pardon, je ne voulais pas me plaindre et
malgré moi cela m’échappe. C’est que cette fois ma souffrance personnelle est mêlée
du
remordsb de laisser mourir cette
pauvre femme sans l’assister de mon amitié. Je t’aime trop mon Victor.
Juliette
1 Mme Pierceau est gravement malade
a « aperçu ».
b « remord ».
« 26 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 223-224], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11619, page consultée le 25 janvier 2026.
26 février [1844], lundi soir, 5 h. ½
Je m’étais préparée de bonne heure, mon cher amour, dans l’espoir d’une sortie. Cela
ne m’a pas réussi comme tu vois. C’est toujours mon tour à rester à la maison quel
quea soit l’état du baromètre.
Pourtant je ne veux pas te gronder parce que je suis sûre que c’est que tu ne l’as
pas
pu. Si tu as pensé à moi, si tu m’as regrettée et si tu m’aimes, je suis trop heureuse
et je n’ai pas le droit de me plaindre.
J’ai écrit à Dabat et à Jourdain ce matin, probablement ils arriveront tous les deux à la queue
leu leu demain. Si tu penses à m’apporter ta botte, je crois que cela vaudra mieux
puisque tu en as besoin tout de suite1. Je voudrais bien aussi que tu pensassesb à m’apporter le paquet2 de Lanvin. Ces pauvres gens-là seront toujours heureux
de l’avoir le plus tôt possible.
Mon cher petit bien-aimé, je serai bien
heureuse si tu viens bien vite. Je suis impatiente de te voir pour beaucoup de raisons
enfermées dans une seule, c’est que je t’aime de toute mon âme. En attendant je pense
à toi et je te désire immodérément. Baisez-moi Toto et dépêchez-vous un peu bien vite,
je vous attends.
Juliette
1 Juliette a fait faire une paire de nouvelles bottes à Victor Hugo auprès de Dabat. Or, la botte droite ne lui va pas et Dabat doit la refaire.
2 Le contenu du paquet est inconnu.
a « quelque ».
b « pensasse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
