« 2 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 7-8], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11564, page consultée le 25 janvier 2026.
2 janvier [1844], mardi matin, 10 h. ½
Bonjour mon cher petit bien aimé adoré. Bonjour, je t’aime mon âme. Je viens de
relire ta chère petite lettre1, mon bien-aimé, quoique je la sache par cœur mais pour
avoir le bonheur de voir ton écriture et de poser mes lèvres où tes mains ont
passé !
Comment vas-tu mon bien-aimé ? Ce mauvais temps et la visite triste que
tu as faitea hier à Nodier2 ne
t’ont-ils pas fait du mal ? Je regrette que tu aies commencé l’année par cette triste
visite. Je m’étais abstenue de te parler de nos chagrins et de notre irréparable
malheur hier mon Victor adoré à cause du jour. Tu sais que j’ai des petites
superstitions de cœur qui vont toujours en augmentant comme mon amour. Il faut espérer
que ce pauvre M. Nodier se tirera encore de cette maladie. Mais s’il faut que le bon
Dieu le reprenne bientôt tu feras bien, mon Victor adoré, de faire tout ce qui
dépendra de toi pour rendre les regrets de sa famille moins amers et pour l’aider
en
toute chose.
Je voudrais bien te voir mon petit homme chéri. Si tu tardes je te
verrai encore très peu et pas à mon aise puisque j’aurai là Eulalie et sa sœur. Je t’ai si peu vu hier, mon
Toto, qu’il serait bien juste de me rabibocher aujourd’hui, n’est-ce pas ?
Clairette travaille auprès de mon lit, elle
fait des calculs et elle a fait ce matin des exercices de grammaire. Moi je t’écris
et
je t’aime, cela suffit pour occuper ma vie. Je te dirai en outre que je vais mieux.
Il
me semble que je me remue plus facilement dans mon lit. Quoi qu’en dise le Triger je ne serai pas six mois à me rétablir de ce
stupide accident3. J’ai besoin d’ailleurs
d’avoir mes mouvements libres. Autrement cela donnerait trop beau jeu à votre
fanfaronnerie habituelle. Je ne le veux pas, je ne le veux pas. Je veux vous mettre
au
pied du mur le plus tôt possible. Sur ce, baisez-moi et aimez-moi. Vous ne le ferez
jamais autant que je le désire et que je vous le rends.
Juliette
1 Lettre rituelle du premier de l’an envoyée par Hugo.
2 Charles Nodier est malade. Il mourra le 27 janvier.
3 À élucider.
a « fait ».
« 2 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 9-10], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11564, page consultée le 25 janvier 2026.
2 janvier [1844], mardi soir, 5 h. ¼
Quel horrible temps, mon Toto, j’espère que tu ne courras pas la prétentaine de ce
temps-ci ? Est-ce que je ne te verrai pas bientôt ? La journée m’a parue mortellement
longue et je crois que la soirée ne me paraîtra pas beaucoup plus courte si tu ne
viens pas davantage me voir.
Mme Triger vient de venir savoir comment je vais en
allant venir chez son cousin Faubourg Saint-Antoine. J’ai profité de la visite pour
lui dire de m’envoyer par la poste l’ordonnance de son mari pour le laudanum1. Du reste, mon
Toto, je ne vais pas pire. J’irais peut-être même mieux.
Je t’aime mon Toto
adoré, je t’aime. Je ne me lasse pas de te le dire, je ne me lasserai jamais de le
faire. Comment vas-tu mon Victor ? Je crains pour toi ce vilain temps pluvieux et
froid. Il faut prendre beaucoup de précautions, mon cher petit, pour ne pas avoir
de
douleurs rhumatismales et pour ne pas t’enrhumer. Je ne veux pas que tu souffres,
toi,
ça n’est pas fait pour toi la souffrance. Il faut laisser cela aux imbécilesa comme moi qui n’ont pas autre chose
à faire.
J’ai reçu une carte cornée de M. Desmousseaux. Du reste, aucune nouvelle de Mme Pierceau, la
pauvre femme me tient rigueur. Je ne lui en veux pas et je la plains. La position
de
cette malheureuse femme me fait sentir plus vivement encore combien tu es le bon Dieu
pour moi. Sans toi, sans ton amour, qu’est-ce que je serais devenue ? Sois béni mon
Victor adoré. Je t’aime. Si tu savais comme je t’aime tu serais heureux malgré
l’affreux malheur de ta vie2.
Juliette
1 Le laudanum est une préparation à base de plantes utilisée pour traiter des diarrhées chroniques particulièrement importantes.
2 Allusion à la mort de Léopoldine, décédée le 4 septembre 1843.
a « imbécilles ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
