« 8 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 141-142], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11500, page consultée le 24 janvier 2026.
8 décembre [1843], vendredi matin, 11 h. ½
Bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme, bonjour toi, bonjour
vous. Tu vois que je t’écris bien tard, mon adoré, mais c’est que j’ai été bien
souffrante cette nuit. Je croyais même ce matin à 7 heures que je ne pourrais pas
me
lever de la journée. Maintenant c’est un peu passé quoique je sois encore très
souffrante.
L’épicier vient d’apporter deux flacons d’huile, le tien à cause du
flacon de 1 F. 5 c., monte à 18 F. 3
s Tu vois par ce petit détail que toute cette provision d’huile loin de
graisser ma bourse l’a misea à chesse tout à fait. Voilà mon cher petit où j’en suis de tout l’argent que tu m’as
donné hier. Tu vois que cela ne me dure pas longtemps. Cependant je ne fais pas la
noce, je t’assure et je ne mets pas à la loterie.
Jour mon cher petit o, je vous aime. Apportez-moi votre chaine à nettoyer. Vous me ferez bien PLAISIR.
Dépêchez-vous bien vite ou je vous fiche des coups.
Je ris mais j’ai très mal à
mon dos et mon estomac. Je suppose que c’est ma douleur qui est venue se loger à ces
deux endroits et cela me fait l’illusion par force de la souffrance d’une maladie
sérieuse. Cependant comme je sais ce que c’est je ne m’en alarme pas autrement. Dans
ce moment-ci j’étouffe et cela me brûle en dedans comme si j’avais du feu. Je suis
une
vieille patatraque et vous ferez bien en effet de vous précautionner d’une paire de
mains blanches et potelées accompagnées de leurs jambes pour
remplacer votre pauvre Juju qui jette un vilain coton.
Voime, voime, prends garde de le perdre. Je
vivrai cent ans et toi aussi pour te faire enrager, pour dérouiller tes chaînes et
autres braquemarts.
Juliette
a « mis ».
« 8 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 143-144], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11500, page consultée le 24 janvier 2026.
8 décembre [1843], vendredi soir, 5 h. ¾
J’ai une migraine atroce, mon pauvre Toto, je rassemble tout mon courage pour te
gribouiller ces quelques lignes. Plus tard je crains d’être tout à fait hors d’état
de
faire quoi que ce soit. Pour peu ce cela continue comme dans ce moment-ci je serai
forcée de me coucher.
Et toi, mon Toto adoré, que fais-tu, où es-tu de ce vilain
temps pourri ? Penses-tu à moi ? Me plains-tu ? Me regrettes-tu ? M’aimes-tu ? Moi
j’ai dans le cœur des réponses à toutes ces questions : – oui, oui, oui, oui, oui.
–
Mais vous et moi, cela fait deux. Ce qui fait que je ne sais que penser de toutes
ces
questions qui m’intéressent plus que la vie.
Il est déjà bien tard. Est-ce que tu
ne viendras pas bientôt, mon cher petit homme ? Je suis sûre que si je te voyais mon
mal de tête se calmerait tout de suite. Au lieu de cela, si tu tardes encore je
perdrai le peu de courage qui me reste. Je suis triste mon amour et je souffre. Tu
vois bien que j’ai besoin de te voir. Dépêche-toi de venir mon Toto bien-aimé et je
serai guérie et gaie : QUEL BONHEUR ! Il y a bien longtemps que ce cri ne s’est
échappé de mon cœur. Hélas ! c’est qu’il y a bien longtemps que je suis triste dans
le
fond de mon cœur. Quand tu voudras je serai joyeuse et je pousserai mon cri de guerre
assez fort pour qu’on l’entende chez le bon Dieu.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
