« 4 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 13-14], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11526, page consultée le 24 janvier 2026.
4 novembre [1843], samedi matin, 10 h. ¼
Bonjour, mon cher Toto bien-aimé, bonjour mon ravissant petit homme, bonjour, je
t’aime. Comment vas-tu mon doux Toto ? Voilà un temps bien vilain. Pour ma part il
me
rend très grinchue. Il va falloir cependant que je me secoue pour ne pas faire triste
mine à cette pauvre Claire tantôt. Je vais écrire à cette pauvre Mme Pierceau, je
lui ferai des compliments de ta part.
Je crains que le tour de force que tu as
fait cette nuit en écrivant 27 lettres en moins de deux
heures ne t’ait redonné ta douleur beaucoup plus vive qu’auparavant. Déjà tu t’en
plaignais après avoir écrit. Tâche de venir d’assez bonne heure pour que toute ma
journée ne se passe pas à me tourmenter inutilement. N’est-ce pas mon cher bien-aimé
que tu feras tout ton possible pour venir de bonne heure ? N’est-ce pas que tu
m’aimes ? N’est-ce pas que je suis ta pauvre Juju dont tu ne peux pas te passer ?
J’ai
besoin que tu me le dises de temps en temps pour reprendre courage, car il y a des
moments, ceux où je ne te vois pas, et le nombre en est grand, où je n’ai plus le
courage de vivre. Je te vois vraiment trop peu, mon adoré. Si tu es juste tu le
reconnaîtras. Je n’ai pas comme toi des distractions forcées et des affections
intérieures qui ne me quittent jamais. Je n’ai qu’une pauvre fille que je vois une
fois tous les mois. Je suis seule, absolument seule. Je ne mets pas les pieds dans
la
rue. Ce n’est pas que je me plaigne de cette solitude et de cette retraite, au
contraire, mais elles me laissent toute entière à mon amour et au besoin de te voir.
Ce n’est pas de ta faute ne de la mienne. Aussi, je ne t’en fais pas un reproche.
Je
te prie, seulement, de faire tout ton possible pour me donner le plus de temps que
tu
pourras. En attendant, je voudrais que tu ne souffres pas.
Je baise tes beaux
yeux et ta chère petite bouche. Pense à moi ! plains-moi et aime-moi. Je baise encore
une fois ta ravissante petite bouche.
Juliette
« 4 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 15-16], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11526, page consultée le 24 janvier 2026.
4 novembre [1843], samedi soir, 11 h.
Je t’écris bien tard, mon adoré, mais l’amour me sort par les yeux ; par la bouche, par le cœur et par l’âme. Si je t’avais là je ferais des folies. Justement te voici !
5 novembre [1843], dimanche matin, 10 h.
Bonjour, mon cher adoré, bonjour, mon bien-aimé, bonjour je t’aime. Je viens d’avoir
avec ma pauvre péronnelle la conversation que nous avons euea hier ensemble. J’ai voulu le lui dire tout
de suite pendant que je l’avais encore toute fraîche dans la pensée. Cette pauvre
fille a l’air de comprendre et surtout d’avoir confiance en toutes mes paroles. Pauvre
enfant, en qui aurait-elle confiance si ce n’est en sa mère ? J’espère que cette
conversation portera ses fruits et que nous n’aurons aucun tourment de ce
côté-là.
Comment vas-tu, mon adoré ? As-tu donné un des sachets à ma chère petite
Dédé ? Chère petite fille, je voudrais
tant me rapprocher d’elle par une petite joie que je lui ferais. Je donnerais des
jours de ma vie pour un sourire que je provoquerais sur ses lèvres. Voici que je dis
encore mal ça mais ce n’est pas de ma faute. Je sens de très belles choses et je dis
des bêtises, voilà tout. Baisez-moi Aussi pourquoi voulez-vous que j’écrive puisque
vous savez que je ne le peux pas. Taisez-vous, c’est bien fait. Je ne vous plains
pas,
vous n’avez que ce que vous méritez. Baisez-moi et aimez-moi ou je vous fiche des
coups.
Juliette
a « eu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
