« 22 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 139-140], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10750, page consultée le 24 janvier 2026.
22 septembre, vendredi matin, 9 h.
Bonjour mon cher adoré, bonjour mon Victor chéri, bonjour, bonjour. Je te baise depuis ta ravissante petite bouche jusqu’à tes chers petits pieds. Pauvre âme désolée, comment te consoler ? Pauvre cœur navré, que faire pour te calmer ? Tu as beau me sourire, mon pauvre bien-aimé, je vois ton désespoir à travers ton sourire et cela me fait un mal affreux. Je vois bien, mon pauvre adoré, que tu es aussi profondément désespéré que le premier jour où tu as appris ton malheur. Tu as beau te forcer, mon pauvre ange, à paraître calme et résigné, je vois à travers tes efforts l’affreuse douleur qui t’étreint. Pauvre père désolé, pauvre petit homme adoré, je partage tes douleurs et je ne veux pas que tu te forces à paraître tranquille quand le désespoir est dans ton pauvre cœur. Que je voudrais être auprès de toi, mon cher bien-aimé, pour te caresser, pour baiser tes pauvres beaux yeux, pour reposer ta belle tête sur mon cœur, pour pleurer avec toi, pour t’aimer et pour t’adorer. Je suis sûre que tu y trouverais quelque douceur, mon pauvre amour, et que tes regrets, sans être amoindris, seraient moins cuisants. Hélas ! Pourquoi cela se peut-il pas ? Mon bien-aimé, mon pauvre bien-aimé, je donnerais avec joie la moitié de ce qui me reste à vivre pour ne pas te quitter et ma vie toute entière pour que tu ne souffres jamais. C’est bien bien vrai, mon Dieu, vous le savez, vous. Pense à moi, mon Toto adoré, pense que toute mon âme est en toi et sois moins malheureux, mon Victor bien-aimé. Je baise tes beaux yeux, ta ravissante petite bouche et toute ta chère petite personne.
Juliette
« 22 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 141-142], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10750, page consultée le 24 janvier 2026.
22 septembre, vendredi soir, 5 h.
Si tu penses à moi, je pense à toi. Si tu me désires, je te désire. Si tu m’aimes,
je
t’aime. Et quoi que tu fasses, mon adoré, je fais tout ce que je te dis là depuis
la
première minute où je t’ai vu jusqu’à présent.
Comment vas-tu, mon pauvre adoré ?
Que fais-tu et quand te verrai-je ? Il me semble, si tu le voulais bien, que tu
pourrais venir avant le dîner. Il fait assez nuit pour cela. Ce serait une grande
joie
pour moi de te voir, mon Toto bien-aimé, ne fût-cea qu’une petite minute. Tâche donc de venir et je te baiserai bien
et je serai bien heureuse pour la peine.
Je travaille en compagnie de ma
péronnelle1. Nous causons tendrement et sérieusement de son avenir.
J’espère que le bon Dieu lui a ouvert les yeux et qu’elle voit son devoir et qu’elle
a
le désir et la résolution de le remplir. Pauvre enfant, ce sera tranquillitéb pour moi quand je la saurai à l’abri du
besoin et de toute mauvaise tentation2. En attendant, je l’encourage le plus que je
peux et je prie le bon Dieu nuit et jour pour elle.
Que je voudrais te voir, mon
amour, il me semble qu’il y a des mois que je ne t’ai pas vu. Il me semble que j’ai
dans le cœur des tendresses nouvelles que je ne t’ai pas encore montrées. Mon Toto
adoré, tâche de t’échapper un petit moment.
Dabat continue à ne pas apporter tes
souliers. Je suis très mécontente de lui. Il fait un temps bien sombre aujourd’hui
et
peu favorable au mal de gorge. Je le sens à la mienne, je ne peux plus parler. Si
vous
veniez, mon Toto, je serais guérie. Vous voyez bien que c’est votre faute quand je
souffre. Taisez-vous et venez bien vite, ça vaudra mieux. Je vous aime, qu’on vous
dit.
Juliette
2 Juliette aimerait que sa fille devienne institutrice.
a « fusse ».
b « fusse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
