« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16322, f. 286-287], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5865, page consultée le 27 janvier 2026.
[1834 ?]
Lundi, 2 h. du matin
Il y a environ deux heures que je suis revenue de la Place Royale1 – Il était dix heures quand je suis arrivée – et j’en suis
repartie à près de minuit – J’espérais te ramener – ou au moins t’apercevoira – J’ai attendu tout ce temps-là
patiemment – espérant que tu devinerais ma présence, que tu voudrais m’en récompenser
par un regard – Mais rien. Tout est resté muet et sombre pour moi – Car il était
facile de voir malgré les volets fermés de la salle à manger qu’il y avait beaucoup
de
lumière – et du mouvement des ombres qui se projetaientb dans le salon ouvert, qu’il y avait du monde et de l’agitation
–
Ce n’est pas la dernière fois – que je serais à même d’observer que tandis que
je souffre et que je pleure – tu es gai et heureux – Pardonne-moi mon Victor –
Pardonne-moi cette comparaison de nos deux positions – Ce sera la dernière fois –
et
peut-être la dernière lettre que je t’écrirai – Car tu l’as dit. Tu ne peux pas d’ici
à longtemps lire de mes lettres – et longtemps, vois-tu – c’est presque toujours –
Car
tu m’oublieras et moi je mourrai – Car ton amour, c’était tout l’aliment de ma vie
–
Je me sens [enfin ?] aussi souffrante et aussi malheureuse que je le
serais si tu ne m’aimais plus – Mon Dieu, je suis bien à plaindre –
Je viens de
remplir un de tes désirs en enfermant tous ensemble – et avec soin – tes ouvrages
–
Quantc à mes reliques, je les ai
mises dans un nécessaire anglais fermant à clé. Il est sous mon traversin, il ne
quittera plus cette place – Oh ! revoir tout cela, c’était bien doux – et bien triste
–
1 Victor Hugo et sa famille vivent au numéro 6, Place Royale depuis le 8 octobre 1832.
a « appercevoir ».
b « projettaient ».
c « quand ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est pensionnaire à la Comédie-Française, engagée par faveur, mais n’y est jamais distribuée. Malgré de plaisantes excursions et villégiatures, l’inaction commence à lui peser, et les disputes alternent avec les réconciliations
- 15 janvierÉtude sur Mirabeau.
- 19 marsLittérature et philosophie mêlées.
- 1er avrilElle est engagée à la Comédie-Française, mais n’y jouera jamais.
- 14 maiPromenade sur la butte Montmartre.
- 2 juilletHugo lui offre un médaillon le représentant « sur fond de Notre-Dame de Reims ».
- 3 juilletExcursion à Jouy-en-Josas.
- 6 juilletClaude Gueux.
- 17 juilletIls vont à Notre-Dame de Paris.
- 20 juilletElle déménage du 35 bis, rue de l’Échiquier pour le 4 bis, rue de Paradis.
- 22-26 juilletVoyage avec Hugo à Saint-Germain, Meulan, Rolleboise, Louviers, Évreux, Pacy-sur-Eure, Poissy.
- 2 aoûtSuite à une violente dispute, Juliette Drouet fuit en Bretagne avec sa fille Claire chez sa sœur, à Brest.
- 8 août-1er septembreHugo l’y rejoint pour la ramener à Paris. Voyage à Brest et sur les bords de la Loire.
- 1er septembreHugo installe Juliette et Claire dans une petite maison dans le hameau des Metz près de Jouy-en-Josas, dans la vallée de la Bièvre.
- À partir du 3 septembreHugo séjourne chez Bertin aîné aux Roches, près de Biévres, avec sa femme et ses enfants.
- OctobreJuliette Drouet emménage au 50, rue des Tournelles.
