« 4 février 1842 » [source : BNF, mss, NAF 16348, f. 111-112], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10709, page consultée le 25 janvier 2026.
4 février [1842], vendredi, 11 h. ¼
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon Toto chéri. Mon Dieu que je t’aime et que
je suis furieuse contre tout ce qui t’empêche de venir. Si cela dépendait de moi,
j’enverrais tout ce qui n’est pas toi au diable.
Aha ça si cette vieille péronnelle1 ne vient pas aujourd’hui, je ne veux plus l’attendre et
je te somme de revenir ou je t’assomme si tu ne reviens pas, c’est à toi de choisir.
[Voilà ?] que j’ai encore oublié de te dire de donner les mois du
portier. Je tâcherai d’y penser tantôt. Mais ce que je n’oublierai pas, mon cher petit
filou, c’est mon dessin que vous avez SPIRITUELLEMENT floué sous prétexte de
L’ACHEVER. Attends vieux voleur que je t’y prenne encore.
Je vous écris levée
pour être plus vite à MON MENAGE. J’espère que la MERE Devilliers viendra enfin aujourd’hui.
Il fait du reste un temps à
manger tout crû. Dieu si je pouvais errer avec vous QUEL BONHEUR ! Depuis plus d’un
mois je suis sortie une fois, et quelle sortie, pour aller voir mon objet malade à
Passy par un froid de quinze degrés le soir ! C’est horrible ! comme le dirait avec
raison Dédé. Mais moi je n’ajoute pas comme
elle LAISSE-MOI DONC. Je dis au contraire EMMENE-MOI donc car je commence à me tarir
au coin de mon feu. Je n’ai bientôt plus ni patience ni vie. Je suis au bout de mon
rouleau. Tâchez un peu de venir me redonner un peu de tout ça ou je ne réponds de
rien. Sur ce baisez-moi et aime-moi ou sinon je te tue.
Juliette
1 Mme Devilliers, de la pension où est Claire.
a « Ha ».
« 4 février 1842 » [source : BNF, mss, NAF 16348, f. 113-114], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10709, page consultée le 25 janvier 2026.
4 février [1842], vendredi soir, 6 h.
Mme Devilliers
se moque de la barbouillée1 décidément, car elle n’est pas encore
venue. En revanche mon amour j’ai eu la visite de Mme Krafft qui passait chez moi
auparavant d’aller dîner chez sa sœur. Elle m’a fait offre du pied de sa boîte que j’ai accepté à tout hasard, ne sachant si ça peut servir
à quelque chose. Voilà les événements les plus importants de la journée. Il en est
un,
événement, que j’attends et que je désire avec une impatience hideuse et qui ne
m’arrive pas souvent parce qu’il est MONTE sur vos pattes. Vous devriez bien me
l’apporter pour voir comment ça fait.
En attendant je suis furieuse contre cette
vieille maîtresse d’école qui n’arrive pas. Il est probable que l’ensemble de ma lettre lui aura paru assez concluant pour retirer ma fille et
qu’elle ne se gêne plus du reste. Si par hasard elle avait l’effronterie de réclamer
le trimestre commencé pendant la maladie de ma fille et interrompuacinq jours après, je le lui paierais bien entendu mais en y
faisant retourner ma fille jusqu’au 13 avril, ce qui finirait ainsi le trimestre de
la
pension. Il me semble que c’est la seule chose qu’il y aurait à faire pour ne perdre
ni argent ni temps. Qu’en dis-tu mon amour ? Mais il faut attendre l’explication de
cette DAME.
En attendant vous ne venez pas [me] voir, vous
trouvez ça plus drôle, LOUSTIC ? Voime, voime,
fort drôle en vérité et je [ne] vous en fais pas mon compliment.
Est-ce que vous ne me ferez pas sortir ce soir ? ça serait pourtant bien gentil.
Il y a si longtemps que je n’ai pris l’air, et il fait si doux que ce serait un
bonheur ravissant que de respirer avec vous et par vous. Tâche, mon Toto chéri, je
serais si heureuse.
Juliette
Quand je t’ai ditb les événements de la journée j’ai oublié le plus important. J’ai acheté 22 serviettes à Penaillon pour 3 F., c’est-à-dire pour rien. J’ai donné [2 sous ?] à compter dessus, c’était tout ce que j’avais chez moi.
1 Expression populaire : se moquer de la barbouillée, c’est dire n’importe quoi.
a « interrompue ».
b « dis ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
