« 16 mai 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 171-172], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8328, page consultée le 24 janvier 2026.
16 mai [1839], jeudi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour mon cher petit homme. Je ne suppose pas que ce soit le mauvais temps qui t’empêche de venir, mais ce que je crains, c’est que tu n’aies eu peur de mon mal de tête et de mes geigneries d’hier ? Tout cela, cependant, mon Toto, sea serait passé plus vite si tu étais venu ce matin déjeuner. La bonne a dit tout à l’heure avec regret : « Il paraît que monsieur n’est pas resté pour déjeuner ? C’est malheureux tout de même car nous avions bien de quoi le régaler… » J’en sais quelque chose, moi, et jamais peut-être vous n’auriez été mis à même de plus abondante et de meilleure régalade, mais vous ne l’avez pas voulu et je reste à voir tourner mon ombre sous mes pieds. C’est aujourd’hui l’anniversaire de la mort de cette pauvre François. Il y aura ce soir trois mois accomplis que la pauvre créature a disparub. J’espère qu’elle est plus heureuse à cette heure, dans l’autre monde, qu’il y a trois mois dans celui-ci. Le Bon Dieu dans le ciel vaut mieux que tous les créanciers de la terre. Je t’aime, mon Toto. Je t’adore, mon petit homme. Je te le dis dans toutes mes lettres, dans toutes mes paroles, dans toutes mes actions et dans toutes mes pensées les plus secrètes. Je t’aime. Je t’aime. Je suis un peu moins souffrante que cette nuit, mais j’ai toujours ma douleur. Je t’aime.
Juliette
a « ce ».
b « disparue ».
« 16 mai 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 173-174], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8328, page consultée le 24 janvier 2026.
16 mai [1839], jeudi soir, 6 h. ¼
En attendant qu’on me bassine mon lit, mon cher petit homme, je vous écris votre
petite lettre d’amour. Vous êtes si bon et si gentil que vous en donneriez l’envie
et
le besoin à une morte, à plus forte raison à une pauvre moribonde comme moi. Je ne
suis pas malade précisément, mais je suis pire car tout me fait mal et je ne peux
faire aucun mouvement.
Vous m’avez fait cependant beaucoup de bien en ayant
l’air de me trouver jolie c’est une compresse qui ne fait
jamais de mal sur la douleur la plus aiguë, à plus forte raison sur l’amour inquiet
et
jaloux. Car je suis jalouse, mon Toto, vous ne vous en étiez peut-être jamais
aperçua ? Eh bien, je suis JALOUSE
MAIS JALOUSE ! Et puis tout le soin que vous prenez depuis quelques jours de votre
adorable petite figure est bien fait pour me mettre martel en tête. Mais soyez
tranquille, je vous surveillerai de prèsb. En attendant, tâchez de venir voir brûler ma lampe cette nuit et d’aviser à l’entretien de la MÈCHE et de l’huile. Vous
voyez que je mets à profit l’esprit anacréontique de votre coiffeuse ? Je vous aime,
Toto, prenez garde à vous.
Juliette
a « apperçu ».
b « prêt ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
