25 décembre 1838

« 25 décembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 272-273], transcr. Sophie Gondolle, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3669, page consultée le 24 janvier 2026.

Je t’écris tard, mon cher bijou, parce que depuis tantôt c’est-à-dire ce matin 11 h. ½, j’ai eu Mme Guérard à déjeuner et à me raconter ses infortunes causées par l’imbécillité de son mari, ensuite j’ai eu ton bijoutier. Je n’ai pas pris les deux croix parce que depuis hier au soir elles avaient augmentéa de 5 F. Ainsi au lieu de 15 F. c’était 20 F. Je n’ai pas cru devoir prendre sur moi la responsabilité d’une enflure aussi grosse pour une si petite chose. Je lui ai dit qu’on passerait chez lui ce soir ou qu’il eût à revenir demain à la même heure. Ensuite j’ai eu mon blanchisseur qui n’étant pas venu hier est venu aujourd’hui. Tout cela m’a pris non pas mes pensées qui ne te quittent jamais mais tout mon temps. J’ai reçu une lettre fort triste de cette pauvre Mme Pierceau. Son petit enfant est mort cette nuit et son autre est très malade. Pauvre femme, je la plains de toute mon âme car elle est vraiment bien malheureuse. Je t’ai à peu près rendu compte de ma journée, mon Toto, maintenant, il me reste à te rendre compte de mon cœur qui est plus que jamais plein de toi. Plus je t’aime et plus je t’aime. J’aurais le cœur aussi grand que la terre et le ciel que mon amour le déborderait encore. Je t’aime, je t’aime, je t’aime. J’espère mon Toto que puisque tu n’es pas venu de la journée, tu feras en sorte de me dédommager de cette journée en soupant avec moi ce soir, afin que comme TITUS je n’aie pas perdu ma journée à vous aimer toute SEULE DEMENS QUI NIMBOS ET NON IMITABILE FULMEN AEREb ET CORNIPEDUM ETC. ETC. ETC1.
J’espère que vous ne pouvez pas refuserc de souper avec une femme aussi ferrue sur le latin et qui vous aime de toute son âme. En attendant je vous désire de toutes mes forces et je commence à trouver la journée bien longue. Que faites-vous donc mon petit homme que vous ne pensez pas à venir ? Et à qui pensez-vous, que vous ne sentez pas le besoin de voir et d’embrasser votre vieille Juju ?


Notes

1 Virgile, L’Énéide, VI : « Insensé qui, du ciel prétendu souverain, /Par le bruit de son char et de son pont d’airain, /Du tonnerre imitait le bruit inimitable ! » (traduction de l’abbé Delille).

Notes manuscriptologiques

a « elle avait augmenté ».

b « ere ».

c « refusé ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.