« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16322, f. 204-205], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5825, page consultée le 24 janvier 2026.
Samedi, 10 h. du soir
Sept[embre] [18]34a
[Après le 6 juillet 1834]b
« Car il avait de mauvaises
habitudes d’éducation qui
dérangeaient sa
dignité
naturelle plus souvent qu’il
n’aurait fallu. »
Claude Gueux, V. H.1
Moi aussi, j’ai de mauvaises habitudes d’éducation qui dérangent ma dignité naturelle
plus souvent qu’il ne faudrait. C’est que, moi aussi, j’ai à me plaindre du sort et
de
la société. Du sort parce qu’il m’a jeté dans une condition au-dessous de mon
intelligence, de la société qui me retranche chaque jour de la portion d’amour et
de
bonheur que tu partages si généreusement avec moi, mon Albin2 bien-aimé. Oh ! je
t’aime plus encore depuis que j’ai été ingrate envers toi. Oh ! je t’estime et je
te
respecte plus encore depuis que j’ai été injuste et coupable envers toi. Pardonne-moi.
« N’est-ce pas, l’amour rend bien méchant ? » Marie
Tudor V. H.3
Mon bien-aimé, mon Victor, ne m’abandonne pas. Aime-moi. Si je meurs avant le
terme, je veux qu’on te porte mon cœur, comme le pauvre Claude fit à Albin de son
dernier morceau de pain, le dernier jour de sa vie4. Moi, je veux qu’on te porte mon
cœur que tu dois posséder au-delà même de ma vie.
Aime-moi, pardonne-moi, fais
de moi ce que tu voudras. Je t’aime.
Ici ma vie / Là mes baisers[Dessinc]
Partout mon amour
Juliette
[Adresse]
À toi mon bien-aimé
1 Claude Gueux parut dans la Revue de Paris le 6 juillet 1834 (EB, p. 28).
2 Albin est le meilleur ami de Claude Gueux en prison.Voyant ce dernier affamé, Albin, frêle jeune homme, lui propose de partager sa ration de pain. Ainsi, chaque jour, Albin donne la moitié de sa ration de pain à Claude Gueux, tel Victor Hugo qui fait vivre Juliette en subvenant à ses besoins vitaux.
3 Marie Tudor, réplique de Gilbert, acte I, scène 3 : « Pardon, Jane. N’est-ce pas, l’amour rend bien méchant ? »
4 Comme le souligne Juliette, Claude Gueux fait porter sa ration de pain à Albin le jour de son exécution : « Il pria le geôlier de faire porter de sa part ces ciseaux à Albin. Il dit aussi qu’il désirait qu’on ajoutât à ce legs la ration de pain qu’il aurait dû manger ce jour-là. » (CFL, tome V, p. 250).
a Date rajoutée sur le manuscrit d’une main différente de celle de Juliette.
b Date indiquée par Evelyn Blewer.
c Ces deux phrases sont chacune entourées :

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est pensionnaire à la Comédie-Française, engagée par faveur, mais n’y est jamais distribuée. Malgré de plaisantes excursions et villégiatures, l’inaction commence à lui peser, et les disputes alternent avec les réconciliations
- 15 janvierÉtude sur Mirabeau.
- 19 marsLittérature et philosophie mêlées.
- 1er avrilElle est engagée à la Comédie-Française, mais n’y jouera jamais.
- 14 maiPromenade sur la butte Montmartre.
- 2 juilletHugo lui offre un médaillon le représentant « sur fond de Notre-Dame de Reims ».
- 3 juilletExcursion à Jouy-en-Josas.
- 6 juilletClaude Gueux.
- 17 juilletIls vont à Notre-Dame de Paris.
- 20 juilletElle déménage du 35 bis, rue de l’Échiquier pour le 4 bis, rue de Paradis.
- 22-26 juilletVoyage avec Hugo à Saint-Germain, Meulan, Rolleboise, Louviers, Évreux, Pacy-sur-Eure, Poissy.
- 2 aoûtSuite à une violente dispute, Juliette Drouet fuit en Bretagne avec sa fille Claire chez sa sœur, à Brest.
- 8 août-1er septembreHugo l’y rejoint pour la ramener à Paris. Voyage à Brest et sur les bords de la Loire.
- 1er septembreHugo installe Juliette et Claire dans une petite maison dans le hameau des Metz près de Jouy-en-Josas, dans la vallée de la Bièvre.
- À partir du 3 septembreHugo séjourne chez Bertin aîné aux Roches, près de Biévres, avec sa femme et ses enfants.
- OctobreJuliette Drouet emménage au 50, rue des Tournelles.
