« 24 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 254-255], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9717, page consultée le 24 janvier 2026.
24 décembre [1835], jeudi matin, 10 h. ½
Bonjour mon cher adoré petit homme, bonjour mon chéri. Comment avez-vous passé la
nuit, mon immortel1 ? Moi, j’ai un peu souffert mais ce n’est rien du tout.
Je vous aime. Voilà le plus fort de ma maladie. Je me suis réveillée plusieurs
fois dans la nuit et toujours en pensant à vous avec amour.
Tu sais, ou
plutôta, tu oublies qu’il me
faudra de l’argent pour tantôt sous peine de me laisser court quand on viendra toucher
les 50 francs. Au reste, ça m’est égal. Un peu de honte est bientôt passéeb. Mais ce qui ne me sera pas égal, c’est
que j’avais compté sur cette circonstance pour te voir un peu plus tôt qu’à
l’ordinaire. Il paraît que j’ai compté sans mon AUTRE, une
chose sur laquelle je n’entends pas raillerie. Ce sont vos visites. Je veux absolument les faire avec vous, comme cela je sais le temps
que vous passez auprès des femmes et des filles D’ACADEMICIENS. Et puis, chemin
faisant, je recueillec des
miettes de vous, ce qui ne m’est pas indifférent avec le régime d’inanition auquel
vous me mettez depuis si longtemps.
Je compte donc sur vous pour cela en tout
état de choses.
Je vous aime, mon petit Toto. Je vous aime plus que je ne peux
vous le dire et plus que vous ne pouvez le comprendre.
Mon GRAND POETE, je vous
aime. Je vous aime. Oh ! je vous aime.
Juliette
Je m’aperçoisd que vous n’avez pas pris mes lettres hier au soir. Je vous le disais bien que vous ne compreniez pas tout l’amour que j’ai pour vous. Je suis bien triste, allez. Pour un rien, je jetteraise tout au feu.
1 Fin décembre, Victor Hugo décide de se présenter à la prochaine élection de l’Académie qui doit avoir lieu le 18 février 1836, suite à la mort du comte Lainé, académicien, qui libère un fauteuil. Il ne sera élu qu’en 1841.
a « plustôt ».
b « passé ».
c « je receuille ».
d « je m’apperçois ».
e « je jeterais ».
« 24 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 256-257.], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9717, page consultée le 24 janvier 2026.
24 décembre [1835], jeudi soir, 8 h. ¾
Si j’en crois vos promesses, mon cher petit Toto, je dois vous revoir bientôt. Si
j’en crois mes pressentiments, vous ne viendrez que le plus tard qu’il vous sera
possible, à minuit. Vous comprenez tout de suite comme quoi je suis triste, avec cette
pensée incrustée dans mon pauvre petit esprit.
Tantôt, en retrouvant vos lettres
dans la boîte, j’ai été sur le point de les jeter au feu et je pensais bien faire
dans
ce moment-là. Mais vous avez eu un si bon mouvement en entrant chez moi la première
fois, que je me suis repentie d’avoir eu cette mauvaise intention. Une autre fois,
mon
cher petit homme, permettez-moi de regarder si vous avez pensé à les emporter et
permettez-moi, dans le cas assez fréquent où vous les auriez oubliées, de me les
envoyer par la petite poste si expéditive que vous connaissez.
Vous savez, mon
cher petit homme, que vous pouvez faire valoir auprès du corpsa académique tout entier votre vertu, votre continence et tous les
accessoires qui parent si bien un membre le jour de sa
réception. Je ne serai pas là pour vous démentir, au contraire. Vous savez en
outre que je vous aime et tout à fait chastement, comme il convient à un futur
académicien.
Je dépose sur votre front le baiser le plus platonique possible
avec un amour d’enragéeb dans le
cœur.
Juliette
a « corp ».
b « d’enragé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
