« 6 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 187-188], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9693, page consultée le 23 janvier 2026.
6 décembre [1835], dimanche matin, 10 h. ½
Bonjour, vous que j’aime et que je déteste. Bonjour, le plus aimé des hommes et le
moins aimable. Bonjour, affreux scélérat.
Comme vous êtes bien venu cette nuit,
comme vous allez me faire accroire que vous m’aimez, vous, comme c’est possible. Je
ne
vous dirai plus rien à ce sujet, dorénavant. Je vous laisserai agir tout à fait selon
les besoins et les désirs de votre cœur. Il est probable qu’alors je vous verrai un
peu moins qu’à présent, c’est-à-dire que je ne vous verrai plus du tout.
Je
voudrais savoir comment vous avez passé la nuit. Je crains que vos chers petits pieds
n’aient eu froid et que vous vous soyez couché trop tard et trop fatigué.
Je
pense à vous sans cesse car je rêve de vous aussitôt que je dors. Malheureusement,
mon
sommeil est tout à fait pareil à mes veillesa. Je vous attends sans que vous veniez, avec les mêmes inquiétudes
que dans la réalité.
Mon cher petit homme chéri, puisque vous ne m’aimez plus
assez pour venir auprès de moi faire l’amour, soyez assez généreux pour y venir
seulement le temps de vous montrer pour que je sache à quoi m’en tenir sur votre chère
petite santé qui me préoccupe et qui m’inquiète sans relâche, sachant le travail
opiniâtre auquel vous vous livrez pour moi toutes les nuits.
Je ne veux pas finir
ma lettre sans vous dire que je vous aime de toute mon âme, que je suis de plus en
plus triste de votre refroidissement, mais que je continuerai à vous aimer jusqu’à
ma
mort.
J.
a « mes veille ».
« 6 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 189-190], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9693, page consultée le 23 janvier 2026.
6 décembre [1835], dimanche soir, 8 h.
Mon bon cher petit homme, j’espère que le fameux géant aura été vu d’un très bon œil
par tous vos goistapious à qui il est sans doute
fort égal qu’il ne soit pas sur un bon pied, pourvu qu’il
soit d’une dimension plus que gigantesque et d’une douceur suffisante.
J’ai pris
la résolution ce matin de ne vous plus parler de moi et je vous tiendrai parole. Nous
verrons si vous comprendrez mieux mon silence que mes mots.
Donc, nous parlerons
de la pluie et du beau temps ; l’autre chose étant interdite. Sais-tu qu’il a fait
très doux aujourd’hui et qu’on aurait pu se croire aux premier joursa d’avril tant la température
était tiède ? Je voudrais que ce beau temps se prolongeât indéfiniment parce que je
pourrais espérer en profiter un jour ou un autre.
Vous voyez, mon cher
bien-aimé, que je sais très bien garder le silence sur ce qui m’intéresse le plus.
Je
compte sur votre générosité pour faire cesser ce mutisme auquel je me suis condamnée
de guerre lasse puisque vous ne teniez aucun compte de mes prières.
Je vous
aime, mon adoré. Je vous adore. Je vous désire. Je vous attends. Je vous voudrais.
Juliette
a « aux premier jours ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
